mardi 20 mars 2012

Pêle-Mêle de mes dernières lectures

J'avoue avoir très peu alimenté le blog ces derniers mois. Pour autant, je n'ai pas interrompu mes lectures ! Et il y en a beaucoup que j'aurais aimé vous faire connaître et partager !

Alors je vous propose d'en évoquer quelques unes par le biais d'un article "pêle-mêle", au fil duquel j'aborderai quelques romans lus dernièrement. Je pourrai ainsi consacrer mes prochains articles à mes lectures récentes, tout en ayant quand même eu l'opportunité de vous parler de lectures plus anciennes (de quelques semaines seulement bien sûr...), qu'il me tenait tout de même à cœur de faire figurer dans ces pages.


La Vie d'une autre - Frédérique Deghelt (Actes Sud, 2007, 341 p. et Le Livre de Poche, 2010, 251 p.)

Je connaissais Frédérique Deghelt pour avoir lu "La Grand-mère de Jade", un moment de lecture très émouvant. C'est une version rééditée de "La Vie d'une autre", à l'occasion de son adaptation au cinéma avec Juliette Binoche et Mathieu Kassovitz, que je me suis procuré en début d'année.
En une nuit, Marie, jeune femme indépendante de vingt-cinq ans, se retrouve douze ans plus tard, mariée, trois enfants, et plus aucun souvenir de ces années écoulées. Au contact de ses proches qui ne se doutent pas du mal inexpliqué qui est désormais le sien, en proie à cette vie qui lui échappe, Marie part en quête de réponses à ses questions, à la fois actrice de sa propre vie, et spectatrice de "la vie d'une autre"...


Mon avis ? Un très beau roman, prenant et bien écrit. Une histoire originale, construite autour de thèmes tels que la fuite du temps, les choix de la vie (les bons, les mauvais, ceux que l'on a fait, mais aussi - et surtout - ceux que l'on aurait dû faire...), la connaissance de soi, les souvenirs que l'on se construit (et ceux que l'on aimerait avoir déjà détruit...), l'amour (et le désamour), la passion, les idéaux, les doutes... Ce qui rend le roman captivant, c'est aussi son côté "enquête". De plus, l'héroïne est aussi la narratrice, ce qui permet au lecteur de réellement s'identifier à sa quête de compréhension et à son cheminement vers la sérénité. Pour ma part, je n'ai pas eu l'occasion de voir le film inspiré du livre. J'apprécie beaucoup Juliette Binoche, je prévois donc de le voir tôt ou tard. Mais si de votre côté vous l'avez déjà vu, faites moi part de vos impressions : fidèle au roman ? Dans la négative, bon film tout de même ? Affaire à suivre pour moi !

Le Théorème de Cupidon - Agnès Abécassis (Calmann-Lévy, 2011, 240 p. et Le Livre de Poche, 2012, 288 p.)

Il y avait déjà quelque temps que je projetais de lire le dernier roman d'Agnès Abécassis. J'attends toujours ses livres avec impatience et ils ne m'ont jamais déçue ! Cette fois encore, la griffe Abécassis a tenu ses promesses ! Surprise et humour sont au rendez-vous dans cette histoire qui est celle de deux vies parallèles : Adélaïde et Philéas travaillent tous les deux dans le cinéma mais ne se connaissent pas ("enfin, c'est ce qu'ils croient...", nous dit la quatrième de couverture). Pétulante jeune femme drôle, extravertie, et déçue par les relations amoureuses, Adélaïde n'a a priori rien à voir avec Stanislas, peu sûr de lui, gauche et toujours pressé de conclure. Qui plus est, "deux lignes parallèles ne se croisent jamais... Sauf si elles sont faites l'une pour l'autre", énonce le Théorème de Cupidon !

Alors, quand ? Comment ? Où ? Pourquoi ? C'est ce que ce roman amusant, captivant et follement divertissant vous propose de découvrir ! Et il vous avance de solides arguments : deux narrateurs (donc deux regards sur les événements), des situations insolites et surprenantes, des dialogues savoureux, un soupçon d'émotions et, comme toujours chez Agnès, des personnages vrais, "entiers", et donc immédiatement attachants. Je ne peux que profiter de l'occasion pour insister à nouveau auprès de vous, "vous" les filles évidemment (quoique...), sur la NÉCESSITÉ IMPÉRIEUSE ET ABSOLUE (sans exagération aucune) de lire Agnès Abécassis ! J'ai consacré l'année dernière une chronique à "Soirée Sushi", mais il ne s'agit là que d'une de ses perles de comédie ! "Toubib or not toubib", "Chouette, une ride !" (pour ne citer qu'eux) : le divertissement et l'évasion sont à coup sûr ga-ran-tis !


Piège Nuptial - Douglas Kennedy (Belfond, 2008 (réédition), 265 p. et Pocket, 2009, 250 p. - Titre original : The dead heart)


"Piège nuptial" est le premier roman de Douglas Kennedy publié pour la première fois en français en 1998 sous le titre "Cul-de-sac". J'avoue, je n'avais jamais lu Douglas Kennedy avant, même si suite à l'adaptation au cinéma de "L'Homme qui voulait vivre sa vie" avec Romain Duris en 2010, j'étais pourtant bien résolue à lire le livre (il n'est jamais trop tard).

Piège Nuptial, c'est l'histoire de Nick Hawthorne, modeste pigiste américain blasé par la vie qui, sur un coup de tête, fasciné par une carte routière de l'Australie découverte dans une bibliothèque de Boston, plaque tout du jour au lendemain et s'envole pour Darwin. Vite rebuté par cette ville, Nick ne tarde pas à s'aventurer sur la route du bush australien. Après avoir goûté, non sans mal, à la solitude des grands espaces et percuté un kangourou en pleine nuit, Nick poursuit sa route en compagnie d'Angie, une auto-stoppeuse directe, graveleuse et exubérante, avec laquelle il vit une brève histoire faite de débauche et d'excès en tous genres. Trois jours plus tard, il se réveille drogué et ... marié. Sans aucun souvenir des derniers événements, reclus à Wollanup, un village d'une cinquantaine d'habitants, à plus de quatre-cent kilomètres de désert de la ville la plus proche... Loin de toute trace de civilisation, marié à une nymphomane rustre doublée d'une parfaite alcoolique, coincé au beau milieu d'une communauté de primitifs illuminés (et imbibés de bière) qui semblent prêts à tout pour préserver leur communauté, Nick est irrémédiablement pris au piège...

Vous l'aurez sans doute compris, ce polar est conçu à la manière d'un huis clos. Noir, oppressant. Et tout simplement génial. Roman noir original, Piège nuptial entraîne le lecteur dans une lutte acharnée pour l'évasion et la survie dans ce qui semble bien tout proche de l'enfer sur terre. La violence latente, la vie culturelle inexistante, la chaleur suffocante, l'atmosphère pesante, la puanteur persistante : tous les ingrédients sont réunis pour confiner le lecteur dans un univers résolument malsain, un "nulle part" où le monde semble avoir réellement touché à sa fin. Bref, un roman conduit à un rythme haletant et soutenu, au service d'un solide suspense qui vous défie de poser le livre avant la fin ! Une véritable entreprise de polarisation...

Mais Comment font les femmes ? - Allison Pearson (Plon, 2002, 420 p. et J'ai Lu, 2004 - Titre original : I don't know how she does it)

Décidément, le monde du septième art trouve souvent son inspiration dans l'univers des lettres ces derniers temps ! Tant mieux pour moi en l'occurrence : je me suis plongée dans la lecture du roman d'Allison Pearson après avoir vu son adaptation cinématographique avec Sarah Jessica Parker (un film sympa soit-dit en passant, même si essentiellement destiné à un public féminin, il faut bien l'admettre !). A ma grande surprise, le film a pris quelques libertés notables par rapport au livre. Mais qu'importe ! Je suis ici pour vous parler du livre.

Kate Reddy, brillante gestionnaire de portefeuilles à la City de Londres, se démène quotidiennement pour gérer et concilier tant bien que mal les deux pans essentiels de son existence : d'un côté sa vie professionnelle, une lutte permanente pour exister dans le monde de la finance, un univers masculin redoutable et impitoyable, un travail et des responsabilités importantes qui la mobilisent énormément et la poussent à voyager régulièrement ; de l'autre, sa vie familiale, avec son mari Richard, qui lui reproche fréquemment ses absences, et leurs deux enfants, Ben, un an, et Emily, cinq ans.


Mon avis ? Découpé en chapitres courts, souvent eux-mêmes cadencés au rythme de la journée, le roman est très agréable à lire. Ce qui m'a vraiment plu, c'est que cette histoire va au-delà du portrait classique (et en vogue) de la femme polyvalente, qui fait face sur tous les fronts. A travers les questionnements et les doutes de l'héroïne, l'auteur aborde des sujets plus profonds : la place de la femme dans la société, d'hier à aujourd'hui (l'épouse, la maman, l'amie, la collègue, la voisine, etc.), les choix de la vie (eh oui, ici aussi !), le temps qui nous glisse entre les doigts (vingt-quatre heures dans une journée, c'est tout ?), le jugement des autres, la culpabilité, l'incertitude, le souci de bien faire ... Mais toujours avec humour ! J'ai vraiment a-do-ré les listes dressées par Kate (en fin de chapitre), les mails, les situations cocasses (par exemple l'épisode du supermarché !), etc. Bref, un bon moment de lecture ! Vous ne direz plus jamais "j'ai trop de choses à faire" de la même manière ... !

dimanche 18 mars 2012

Les Mésaventures de Minty Malone - Isabel Wolff

(Pocket, 2002 et 2008, 528 p.)

Envie de ... résumer : 

(titre original : The Making of Minty Malone)

Vous êtes devant l'autel de l'église. Le prêtre prononce les phrases rituelles. Vous jetez un coup d’œil tendre et complice à votre bien-aimé. Il vous sourit. Vous lancez un "oui" énamouré. Ça y est, vous êtes presque mariée. Maintenant c'est à lui. Il vous adresse un regard plein de compassion. Vos parents, vos collègues, tous vos amis sont venus célébrer l'événement. Vous êtes aux anges. Encore une seconde et vous êtes unis pour le meilleur et pour le pire. Non ! Un "non", ferme et définitif, résonne encore dans l'église. Vous n'êtes plus mariée.
Tel est votre destin : vous êtes et resterez Miss Malone. Sur un point, cependant, rien ne sera plus comme avant : à votre tour, vous allez apprendre à dire "non"...

Envie de ... donner mon avis :

Contre toute attente (je plaide non coupable : je cours sans cesse après le temps, et voir ces pages en stand-by est extrêmement frustrant !), mon blog reprend vie aujourd'hui avec un authentique " livre de filles " que j'ai lu il y a quelques mois déjà, que j'ai beaucoup aimé, et que je tenais donc à vous faire partager. Je connaissais déjà le style d'Isabel Wolff pour avoir lu " Les Tribulations de Tiffany Trott " il y a quelques années. J'avais adoré sa capacité à conjuguer habilement l'humour avec un véritable travail de recherche dans la construction des profils de personnages.

Dans tous les pans de sa vie, affective, familiale et professionnelle, Minty Malone est une jeune femme charmante et infiniment arrangeante, gentille, conciliante. Minty cède toujours à tout et à tout le monde :
... à Dominic, qu'elle s'apprête à épouser, un homme d'apparence sympathique mais pour le moins despotique, qui semble gouverner l'entier comportement de sa future épouse, de ses tenues vestimentaires à son langage, en passant par ses loisirs...,
... à ses collègues, pour leur mâcher le boulot (un air de déjà-vu pour vous aussi ??)
... à sa cousine Amber, aussi attachante qu'autoritaire et envahissante...

Autant de manifestations de cette indulgence de tous les instants, de cette bienveillance extrême, qui lui valent certes sa réputation de jeune femme avenante, mais aussi un lot considérable de déconvenues cuisantes.

Car il faut bien l'admettre : de (trop) gentille à "bonne poire" (pour reprendre son expression), il n'y a qu'un pas... Que Minty a TRÈS LARGEMENT franchi. Trop gentille par crainte de ne pas savoir gérer les conflits. Trop aimable, trop affable pour éviter d'aller à l'affrontement. Trop terrifiée à l'idée de blesser. Trop serviable par peur d'être rejetée...

Mais petit à petit, les choses vont changer. Plaquée par celui qu'elle croyait être l'homme de sa vie devant l'autel de l'église le jour de son mariage, Minty va avoir un déclic. Finie la gentillesse comme " police d'assurance " ! Galvanisée par sa prise de conscience et désormais désireuse de s'affirmer pour de bon, Minty va reprendre sa vie en mains. Aidée de l'original -et pour le moins insolite- " Séminaire des Anti-Gentils ", humiliée et hantée par l'échec de son mariage, Minty va chercher à comprendre l'attitude du goujat qu'il l'a laissée en plan devant des centaines d'invités réunis pour l'occasion.
A travers cette quête, elle va en découvrir davantage sur elle-même et apprendre à aborder différemment ses rapports aux autres. Parviendra-t-elle à s'affirmer, à refuser, à défendre ses points de vue ?

Pour ma part, j'ai été d'autant plus touchée par cette histoire, que je suis moi-même bien souvent trop accommodante, pour les mêmes raisons que Minty d'ailleurs ! La plupart du temps, si je redoute les conflits, c'est tout autant par peur de ne pas savoir les gérer, que par peur de déplaire ...
Par ailleurs, ce qui m'a tout particulièrement plu, c'est le fait d' avoir su exploiter brillamment le registre humoristique pour en fin de compte aborder un sujet somme toute profond : comment s'affirmer réellement, exprimer ses vrais désirs, tout en restant agréable, courtois et diplomate ? Au fond, comment " ménager la chèvre et le choux " ?!

Avec une galerie de personnages originaux et amusants, aux traits de caractère marqués et souvent désopilants, " Les Mésaventures de Minty Malone " saura satisfaire toutes les lectrices (et les lecteurs aussi après tout hein !) à la recherche d'un roman facile à lire, drôle et résolument original. Alors sans plus attendre, dites " oui " à l'apprentissage du " non " ! Et si vous avez aimé ce roman, découvrez dès que possible " Les Tribulations de Tiffany Trott " !

Envie ... d'un extrait :

" Il n'y a rien que je déteste plus que faire des histoires. Je suis très " gentille ". C'est ce que tout le monde dit de moi - que je suis terriblement " gentille ". On a toujours dit ça. J'abhorre au dernier degré tout type de confrontation. Je suis tout simplement incapable de les gérer. Alors, s'il s'agit d'une question secondaire, je suis plus qu'heureuse de céder parce que, dans mon esprit, ça ne vaut pas la peine qu'on fasse des histoires ".

" A présent, je savais pourquoi Dominic avait fait ce qu'il avait fait. (...) C'était bien parce que j'étais trop gentille. Il avait par conséquent perdu tout respect pour moi (...). Lorsque nous nous étions rencontrés, j'étais quelqu'un d'indépendant et d'assuré. Et qu'étais-je devenue ? Une lavette avide de plaire. Une nunuche. Une bonne poire. Et Dominic avait perdu tout respect pour moi. Je ne le lui reprochais plus, désormais. Je comprenais que c'était moi la fautive ". 


mercredi 9 novembre 2011

Le Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates - Mary Ann Shaffer et Annie Barrows

(Éditions Nil, 2009, 390 p. et Éditions 10/18, Coll. Domaine étranger, 2011, 410 p.)

Envie de ... résumer : 

(titre original : The Guernsey Literary and Potato Peel Pie Society)

Janvier 1946. Tandis que Londres se relève douloureusement des drames de la Seconde Guerre mondiale, Juliet Ashton, jeune écrivain, compte ses admirateurs par milliers. Parmi eux, un certain Dawsey, habitant de l'île de Guernesey, qui évoque au hasard de son courrier l'existence d'un club de lecture au nom étrange : "Le Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates" … Passionnée par le destin de cette île coupée du monde, Juliet entame une correspondance intime avec les membres de cette communauté. Et découvre les moyens fantaisistes grâce auxquels ces amis bibliophiles ont résisté à l'invasion et à la tragédie. Jusqu'au jour où, à son tour, elle se rend à Guernesey. Pour Juliet, la page d'un nouveau roman vient de s'ouvrir, peut-être aussi celle d'une nouvelle vie…

Envie de ... donner mon avis : 

Après plusieurs semaines d'absence, c'est avec un grand plaisir et un réel coup de cœur que je reviens aujourd'hui (enfin !) alimenter les pages de ce blog. Il y avait déjà quelque temps que Le Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates était dans ma pile à lire, mais comme toujours, c'était plus par manque de temps que par volonté délibérée. En effet, j'en avais reçu d'excellents échos depuis sa parution en France en 2009. Je m'apprête donc aujourd'hui à conforter ces échos et à tenter de vous persuader (si ce n'est déjà fait) de lire "le Cercle" de toute urgence ! Cependant, je fais le choix de ne rien révéler des éléments clés de l'intrigue !

Un roman épistolaire ...

Pour commencer, je voudrais saluer le choix du genre épistolaire (récit composé de la correspondance, fictive ou non, entre un ou plusieurs personnages), peu usité dans la littérature contemporaine, du moins pas dans l'intégralité d'un ouvrage. Certes, je conçois que cette présentation puisse en dérouter quelques-uns, car elle implique une lecture attentive et régulière, surtout quand, comme c'est le cas en l'occurrence, la galerie de correspondants (et donc de personnages) est assez fournie. Cependant, il me semble que même le lecteur le plus sceptique saura, après quelques pages de mise en route, se laisser convaincre par l'originalité et le charme de ce genre littéraire. D'ailleurs, certains chefs d’œuvre intemporels sont construits suivant cette forme ; je pense notamment aux Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos.
Ici donc, c'est en même temps que l'héroïne que l'on se plonge avec délectation dans la lecture de ces lettres toutes plus captivantes les unes que les autres. Et captivantes, ces lettres le sont d'autant plus qu'elles sont écrites simplement. Le ton est "vrai", authentique (comme les personnages d'ailleurs, mais je vous en reparlerai plus loin), sans prétention, sans fioriture. Au final, le livre se lit très facilement, les récits relatés au fil des lettres le sont dans un style très fluide, spontané. C'est ce qui m'amène à vous parler des personnages.

Des personnages atypiques ...

Commençons par l'héroïne, Juliet Ashton. Juliet écrivait une chronique hebdomadaire pour le Spectator durant la guerre ; par la suite, les Éditions Stephen & Stark ont réuni tous ses articles dans un ouvrage qu'ils ont publié sous le titre d'Izzy Bickerstaff s'en va-t-en guerre (Izzy Bickerstaff étant le nom de plume que lui avait choisi le Spectator). Au début du livre, Juliet aspire à se débarrasser d'Izzy pour se consacrer à l'écriture d'un roman plus personnel, dont elle ignore encore le thème : " je souhaiterais écrire un livre mais j'ai du mal à trouver un sujet avec lequel je puisse cohabiter joyeusement pendant plusieurs années", écrit-elle. 

La première lettre qu'elle reçoit d'un certain Dawsey Adams, habitant de Guernesey, marque ainsi le point de départ de son intérêt pour l'île, ses habitants et leur vécu pendant l'Occupation. Mais si Juliet est en quête d'un sujet pour écrire son prochain roman, elle est aussi, et avant tout, en quête d'identité, en quête d'elle-même. Dans le contexte de l'après-guerre, en proie aux doutes et cherchant à apprivoiser ses émotions, la jeune femme emporte avec elle le lecteur dans une aventure tout aussi prenante que bouleversante, dont elle ressortira profondément changée à tout jamais ...

Je viens de réaliser que vous êtes peut-être en train de vous demander à quel moment je vais aborder (et expliciter, pour ceux qui n'ont pas lu le livre) l'existence de ce fameux "Cercle des amateurs de littérature et de tourte aux épluchures de patates de Guernesey" (pour le citer en entier !). Vous ne serez pas surpris de constater que je n'évoque rien d'autre que le délice que constitue l'histoire de la naissance du Cercle ... Les habitants de Guernesey se feront un plaisir de vous la raconter, chacun y allant de son petit détail croustillant (toujours !) : Dawsey Adams, le premier à entrer en contact avec Juliet, Eben Ramsey, Isola Pribby, confectionneuse d'élixirs "pour restaurer l'ardeur masculine", mais aussi Amelia Maugery ou Clovis Fossey (pour ne citer qu'eux).

Un bel hommage à l'amour de la lecture ... 

"Le Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates" est un véritable hymne à l'amour des lettres. Les références sont nombreuses et diverses, passant d'Emily Brontë à Catulle. Pour tous ces personnages affaiblis et humiliés par l'Occupation allemande, la lecture est un refuge, un repère dont on ne peut les priver. Après la Guerre, la lecture panse les plaies, autant qu'elles peuvent l'être ...

"Je trouve ces personnes et leur expérience de l'occupation fascinantes et émouvantes" (Juliet) ...

Débordants de spontanéité et d'authenticité, parfois emplis d'une touchante naïveté, ces hommes et ces femmes vont livrer une partie d'eux-mêmes et de leur histoire à Juliet. Parfois fantasques, souvent drôles, toujours attachants, les personnages nous apportent au fil de leurs courriers une véritable leçon de vie, de courage et de solidarité face à l'adversité. Entre humour, révélations, drames et émotions, Le Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates est un formidable roman qui ne pourra vous laisser indifférent.

Envie .. d'un extrait :


"Je me demande comment cet ouvrage est arrivé à Guernesey.Peut-être les livres possèdent-ils un instinct de préservation secret qui les guide jusqu'à leur lecteur idéal. Comme il serait délicieux que ce soit le cas."

" C'est ce que j'aime dans la lecture. Un détail minuscule attire votre attention et vous mène à un autre livre, dans lequel vous trouverez un petit passage qui vous pousse vers un troisième livre. Cela fonctionne de manière géométrique, à l'infini, et c'est du plaisir pur."

"Je travaille l'oreille tendue vers la porte et, sitôt que j'entends le courrier tomber dans le boîte, je dévale l'escalier à toute vitesse et j'entame un autre chapitre de l'histoire, tout essouflée. Je crois que c'est ce que devaient ressentir les lecteurs rassemblés devant la porte de l'éditeur de Dickens, pour s'emparer du dernier feuilleton de David Copperfield dès sa sortie des presses."

lundi 29 août 2011

Lexi Smart a la mémoire qui flanche - Sophie Kinsella

(Éditions Belfond, 2009, 396 p. et Pocket, 2011, 413 p.)






  
Envie de ... résumer :
 
Ce qu'on appelle un trou noir. Le black-out. Trois ans d'existence purement et simplement passés à la trappe. Entre-temps, Lexi la loseuse, dents de travers et poches percées, flanquée d'un boyfriend passablement minable, a fait place à Lexi-les-dents-longues, wonder woman bien mariée, mal entourée, sapée luxe et manucurée... Où, quand, comment ? Mystère et boule de gomme. Une chose est sûre : sa nouvelle vie ne lui ressemble plus. Remue-méninges en perspective...

Envie de ... donner mon avis :
 
Je ne sais pas ce qu'il en est pour vous, mais pour moi, ce 29 août rime avec retour de vacances la tête encore pleine de souvenirs chauffés par le soleil : la mer, le sable chaud, les restos ... mais pas que ! Entre deux séances de bronzette en mode lézard, je trouvai (enfin !) l'occasion de lire "Lexi Smart a la mémoire qui flanche" de Sophie Kinsella. Déjà totalement convaincue par la série de l'accro du shopping, mais aussi par les tribulations des autres héroïnes nées de l'imagination de Sophie (Samantha, Emma, ...), j'attendais les vacances avec impatience pour me lancer dans la lecture des aventures de Lexi Smart. Et je ne fus pas déçue (bon, en même temps, je ne m'attendais guère à l'être, Sophie Kinsella est devenue une valeur sûre !).

Un seul mot : génialissime ! Mystère et humour se conjuguent pour faire de ce roman un concentré d'énergie positive. Une excellente comédie toute entière dévouée à la détente et à l'évasion. Décompression assurée !

Du mystère : du jour au lendemain, Lexi Smart se réveille dans un lit d'hôpital sans le moindre souvenir des trois dernières années qui viennent de s'écouler. Entre-temps, la Lexi banale, cheveux crépus, dents de travers (on la surnomme "Ratichiotte" !), job moyen et petit copain minable, a fait place à une Lexi impeccable, haute-couture, carriériste et déterminée, mariée à un professionnel de l'immobilier de luxe aussi riche et séduisant qu'attentionné et envoûtant. Une vie de rêve, une vie parfaite, une vie excitante ... mais une vie dont tous les éléments lui sont étrangers ! Elle ne connaît rien de cette vie qui est censée être la sienne : son mari n'est qu'un illustre inconnu, ses amies ne sont plus les mêmes, ses responsabilités professionnelles lui échappent !

Dès lors, les questions fusent et s'enchaînent : comment a-t-elle pu gravir si vite les échelons, professionnellement et socialement ? Pourquoi ses amies l'évitent-elles ? Par quel étrange coup du sort Amy, son adorable petite soeur, a-t-elle pu devenir cette adolescente aux cheveux bleus, arrogante, voleuse et paresseuse ? Et qui est cet énigmatique architecte qui prétend être "l'autre homme" de sa vie ?
En quête de réponses, Lexi va devoir se protéger contre ceux qui chercheraient à exploiter son amnésie, et la faiblesse qui en découle, pour lui faire avaler tout et n'importe quoi ...
Dans la mesure où le lecteur évolue au même rythme que Lexi, cette dernière n'en est que plus attachante. Nous reconstituons avec elle le puzzle de sa vie ! Impossible de poser le livre plus de quelques minutes !

De l'humour : une fois encore, Sophie Kinsella ne dément ni son talent ni son savoir-faire. Virtuose de l'humour accomplie, elle manie admirablement les ficelles de la comédie. Parfois malgré elle, parce qu'elle est en perte de repères, Lexi est franchement drôle ; mention spéciale également au ton utilisé pour évoquer le luxe, son faste et la démesure qui va (bien souvent) avec : l'équipement de la maison, à la pointe de la technologie, est tourné en dérision pour notre plus grand plaisir ! Également au service de l'humour et du divertissement, la mère de Lexi et sa ribambelle de chiens, la superficialité de la course aux "privilèges du luxe" ...

Cependant, au-delà de son aspect purement divertissant, cette comédie me semble également proposer une réflexion
intéressante sur ce que nous attendons, espérons, de la vie. Et au fond, qu'est-ce qu'une "vie de rêve" ? Peut-on vraiment tout avoir ? Quelle place pour l'apparat, pour les façades ? Et quelle place pour la connaissance de l'autre ? Ce roman me paraît faire également réfléchir aux valeurs qui sont les nôtres, celles que nous chérissons le plus, celles que nous privilégions, et donc celles que nous souhaitons transmettre.

En bref : un excellent divertissement, une comédie pétillante et originale, à lire d'urgence si ce n'est déjà fait !

Envie ... d'un extrait : 
 
" Malgré ma tête qui tourne, je vais dans la salle de bains m'asperger le visage. Puis je me penche au-dessus du lavabo et contemple mon reflet qui m'est encore étranger. J'ai l'impression de me désintégrer. S'amuse-t-on à me jouer une énorme farce ? Ai-je des hallucinations ? J'ai vingt-huit ans, des dents parfaites, un sac Vuitton, le titre de directrice et un mari. Bon sang ! Qu'est-ce qui a bien pu se passer ? "

dimanche 5 juin 2011

Je ne vous oublie pas !

Chers lecteurs, Chères lectrices, 

Un petit message afin de vous signaler que non, je ne vous oublie pas ! Mon blog fonctionne toujours. Cependant, son activité se trouve restreinte actuellement en raison d'une formation professionnelle qui ne me permet malheureusement pas de dévorer autant de livres que je le souhaiterais ! Je vous remercie de votre compréhension et espère que vous serez toujours là, très vite je vous l'assure, pour de nouvelles chroniques à vous faire partager ! 

Bien à vous, 

Envie de Livres

mardi 10 mai 2011

Hygiène de l'assassin - Amélie Nothomb

(Éditions Albin Michel, 1992, 200 p., Points, 1999, 181 p. et Le Livre de Poche, 2004, 222 p.)


Envie de ... résumer :

Prétextat Tach, prix Nobel de littérature, n'a plus que deux mois à vivre. Des journalistes du monde entier sollicitent des interviews de l'écrivain que sa misanthropie tient reclus depuis des années. Quatre seulement vont le rencontrer, dont il se jouera selon une dialectique où la mauvaise foi et la logique se télescopent. La cinquième lui tiendra tête, il se prendra au jeu. 

Envie de ... donner mon avis : 

Autant faire mon mea culpa tout de suite : je n'avais jamais lu de livre d'Amélie Nothomb jusqu'à aujourd'hui. Désireuse de remédier à cette lacune dans ma culture livresque, je décidai il y a quelques jours de me procurer l'un de ses romans. Je trouve toujours très intéressant et stimulant, intellectuellement parlant, de découvrir l'univers d'un auteur, surtout lorsque ce dernier est, comme en l'occurrence, un écrivain qui est déjà durablement ancré dans le monde littéraire.
Fascinée devant le nombre important de romans déjà publiés par Amélie Nothomb, je finis par me lancer dans la lecture de son tout premier roman, écrit en 1992 à l'âge de vingt-cinq ans : "Hygiène de l'assassin".

Si je devais donner un avis global, une impression d'ensemble sur ce premier roman qui m'a fait découvrir Amélie Nothomb, je dirais, pour commencer, que j'ai beaucoup aimé. Je comprends désormais les critiques littéraires qui ont toujours usé de l'adjectif "décalé" pour évoquer le style de cet écrivain. En effet, le style d'Amélie Nothomb n'a vraiment rien de banal. En cela, ce roman saura satisfaire tous ceux qui, comme moi, recherchent perpétuellement le livre "différent", original, celui qui sort de l'ordinaire, celui qu'on termine en se disant qu'on n'aurait pas lu ça n'importe où.

A l'origine du roman, un point de départ simple : l'écrivain Prix Nobel de littérature Prétextat Tach, quatre-vingt-trois ans, est sur le point de mourir d'un cancer des cartilages ("syndrome d'Elzenveiverplatz", fruit de l'imagination d'Amélie Nothomb !). Suite à l'annonce de la nouvelle de son décès imminent, des journalistes affluent pour interviewer l'écrivain. L'histoire aurait pu être on-ne-peut-plus plate et commune ... Seulement voilà, Prétextat Tach est bien loin d'être un gentil petit vieillard agonisant, disposé à se confier généreusement aux journalistes zélés qui vont venir l'interroger. Non. 

Vieillard infect, obèse, misogyne et misanthrope, Tach se décrit lui-même tantôt comme un "tas de saindoux", tantôt comme un "génie" ou un "titan exilé". Imbu de sa personne et convaincu de son talent ("un vrai, un pur, un grand, un génial écrivain comme moi"), le vieil homme va jusqu'à comparer sa vie au sacrifice du Christ : "Crever d'une crucifixion, banale comme la pluie à l'époque, ou d'un syndrome rarissime, vous trouvez que ça revient au même ?"
Celui qui n'a aucun scrupule à traiter Madame de Lafayette de "midinette", arrache même les pages superflues de "La Princesse de Clêves" ! Ne tarissant pas d'éloges sur son œuvre à lui, l'écrivain se félicite même que ses livres ne soient pas lus, parce qu'il estime que personne ne peut les comprendre ! Par leur regard trivial, les lecteurs saliraient les "beautés" nées de sa plume : "Au fond, les gens ne lisent pas ; ou, s'ils lisent, ils ne comprennent pas ; ou s'ils comprennent, ils oublient ".  Amélie Nothomb use jusqu'au bout du registre cynique et jette ainsi un regard noir sur l'écriture ("nocive") et la lecture ...

Alternant entre "perles" et "cochonneries", détestable et répugnant, le vieillard va pousser les journalistes dans leurs derniers retranchements, en jouant habilement des cartes du dégoût et de l'écœurement qu'il est bien conscient d'inspirer : qu'il s'agisse des tripes rissolées à la graisse d'oie qu'il prend au petit déjeuner, de ses comparaisons douteuses ou de ses opinions racistes ou misogynes tout bonnement scandaleuses, Prétextat Tach désarme les journalistes qui l'interrogent les uns après les autres. Tous y laisseront des plumes ... Tous, sauf une. Une journaliste qui s'est jurée de l'affronter jusqu'au bout.
Sacré défi, me direz-vous, pour cette jeune femme, que de vouloir tenir tête à un vieillard abject et cruel pour qui les femmes sont toutes des "boudins", des "esclaves laides, bêtes, méchantes et sans charme". Rien que ça !
Après avoir injurié son interlocutrice ("petite femelle prétentieuse"), celui qui qualifie les seins de "protubérances femelles" (charmant encore !) se voit sommé d'expliquer sa "ménopause littéraire", à l'âge de cinquante-neuf ans, vingt-quatre ans plus tôt. En effet, la journaliste aimerait connaître les raisons qui ont poussé l'écrivain à laisser son dernier roman inachevé. 


Commence alors entre les deux personnages une joute verbale sans merci, où déstabilisation, supplice intellectuel et manipulation se juxtaposent sans relâche. C'est d'ailleurs pour exprimer avec suffisamment d'intensité cet échange insolite, sordide et malsain, que le roman est presque entièrement rédigé sous forme de dialogues. En effet, seul le dialogue était à même de nous faire ressentir toute la tension et tout le malaise qui vont naître progressivement du face-à-face hargneux entre les deux personnages. Face à un Prétextat Tach déroutant, désarmant et exaspérant, entraînée dans un jeu de pouvoir pervers, la journaliste va devoir manifester un sang-froid à toute épreuve pour obtenir de l'écrivain qu'il accepte de faire la lumière sur son passé. Un passé trouble, entre obsession de la pureté et exaltation de la jeunesse ... 

Je ne peux que vous recommander la lecture de ce roman, que vous soyez déjà habitué(e)s au style d'Amélie Nothomb ou non. Sa griffe singulière nous offre ici un roman aussi sombre que dérangeant, au dénouement inattendu et pétrifiant, qui ne peut laisser indifférent.
Sous des allures d'interview ordinaire, l'échange se transforme en une véritable plongée dans l'enfance et la vie de Prétextat Tach, plongée ponctuée de révélations pourtant inexprimables, dont la journaliste et l'écrivain lui-même ne ressortiront pas indemnes ...

"Hygiène de l'assassin" a été adapté au théâtre (1998 et 2008) et à l'opéra (1995)  mais aussi au cinéma, par François Ruggieri en 1999, avec Jean Yanne et Barbara Schulz dans les deux rôles principaux. Pour ce qui est du film, je n'ai pas encore pu me le procurer, mais il semblerait que Prétextat Tach y apparaisse moins écœurant que dans le livre.
En 1993,  "Hygiène de l'assassin" a valu à Amélie Nothomb les Prix René Fallet et Alain-Fournier. Pourtant, son manuscrit avait d'abord été refusé par Philippe Sollers chez Gallimard, avant d'être retenu par Albin Michel qui deviendra sa maison d'édition attitrée.
 

Envie ... d'un extrait :

" Ce type est un cas, racontait la dernière victime. Allez comprendre ! On ne sait jamais comment il réagira. Parfois, on a l'impression qu'il peut tout entendre, que rien ne le vexe et même qu'il prend plaisir aux petites nuances impertinentes de certaines questions. Et puis soudain, sans crier gare, le voilà qui explose pour des détails dérisoires ou qui nous jette à la porte si nous avons le malheur de lui faire une remarque infime et légitime. "

_ " (...) Je n'aime pas voir les gens. Si je vis seul, ce n'est pas tant par amour de la solitude que par haine du genre humain. Vous pourrez écrire dans votre canard que je suis un sale misanthrope.
_ Pourquoi êtes-vous misanthrope ? (...)
_ Il y a mille raisons pour détester les gens. La plus importante, pour moi, c'est leur mauvaise foi qui est absolument indécrottable."


_ " Dieu merci, la littérature est moins nocive.
_ Pas la mienne. La mienne est plus nocive que la guerre.
_ Ne seriez-vous pas en train de vous flatter ?
_ Il faut bien que je le fasse puisque je suis le seul lecteur à même de me comprendre. Oui, mes livres sont plus nocifs qu'une guerre, puisqu'ils donnent envie de crever, alors que la guerre, elle, donne envie de vivre. Après m'avoir lu, les gens devraient se suicider."

vendredi 6 mai 2011

Les petits secrets d'Emma - Sophie Kinsella

(Éditions Belfond, Coll. Mille Comédies, 2005, 376 p. et Pocket, 2008, 381 p.)

 
  
Envie de ... résumer :
  
 (Titre original : Can you keep a secret ?)

Ce n'est pas qu'Emma soit menteuse, non, c'est plutôt qu'elle a ses petits secrets.
Par exemple, elle fait un bon 40, pas du 36. Elle ne supporte pas les strings. Elle a très légèrement embelli son CV. Elle déteste sa cousine Kerry. Et avec Connor, son petit ami, au lit ce n'est pas franchement l'extase. Bref, rien de bien méchant, mais plutôt mourir que de l'avouer. 
Mourir ? Justement... Lors d'un voyage en avion passablement mouvementé, Emma croit sa dernière heure arrivée. Prise de panique, elle déballe tout à son séduisant voisin. Tout et plus encore. Sans imaginer que l'inconnu en question est l'un de ses proches. Très proche même... 

Envie de ... donner mon avis : 

J'avais déjà lu "Les petits secrets d'Emma" l'année dernière - et j'avais adoré ! - mais le souvenir que j'en avais était trop vague pour vous en parler correctement. Je l'ai donc relu avec un immense plaisir, mais je l'ai tellement aimé que c'est une réelle épreuve pour moi de vous en parler. Pourquoi ? me direz-vous. Et bien parce que, si  je veux que la lecture de ce livre conserve pour vous tout son intérêt, je dois m'interdire formellement de vous révéler quoique ce soit sur l'histoire des Petits secrets d'Emma, la quatrième de couverture en dit suffisamment. Or, difficile de vous donner envie et de vous faire partager mon goût pour ce livre, sans rien trahir de son intrigue, car les révélations (notamment sur l'inconnu de l'avion) se manifestent très rapidement ... Mais je vais m'appliquer le mieux possible à vous donner mon avis tout en gardant le silence sur les éléments-clés du récit.

Dans la veine de la série des "Accro du Shopping" et des aventures de Becky Bloomwood (inconditionnelle cette série ... oh j'aimerais tellement aussi vous en parler !), "Les Petits secrets d'Emma" est avant tout une comédie pétillante. On y retrouve la plume expérimentée de Sophie Kinsella, qui sait nous faire sourire et souvent même rire. Je peux vous assurer avoir réellement ri en lisant Les petits secrets d'Emma. Peut-être qu'il en faut peu pour me faire rire ... Ou peut-être tout simplement (et je pencherais pour cette seconde hypothèse) que Sophie Kinsella est réellement passée maître dans l'art de faire rire.

Humour, situations insolites et rebondissements inattendus se succèdent pour notre plus grand plaisir. A un rythme palpitant s'ajoutent une galerie de personnages hauts en couleurs, à commencer par Emma Corrigan, une héroïne aussi drôle qu'attachante. Assistante marketing au sein d'une grande société londonienne, Emma rêve du poste et de la promotion qui la feront exister aux yeux de ses parents et qui lui permettront de rivaliser avec sa détestable cousine Kerry, pimbêche narcissique qui s'est toujours employée à la rabaisser. Emma sort avec Connor. Intelligent, beau comme un dieu et attentionné, Connor a tout du gendre idéal. Mais plus Emma entend répéter autour d'elle qu'ils forment le couple parfait, moins elle est certaine de l'aimer...
Et puis il y a Lissy, la colocataire et meilleure amie d'Emma, parfois troublante ou surprenante mais tout aussi charmante. Et Jemima, l'autre colocataire, aussi superficielle que déjantée. Sans oublier les collègues de travail : cette chère Artemis (et sa plante verte !), Katie, la spécialiste des fringues en crochet à la recherche du grand amour, sans oublier Jack Harper, le grand patron !

Bien qu'elle écrive une pure comédie, le mérite de Sophie Kinsella est de savoir dépeindre avec beaucoup de justesse le profil de ses personnages, leur personnalité. En quelques pages, en quelques mots, le lecteur sait exactement à qui il a à faire : Emma est immédiatement sympathique, charmante et drôle ; Artemis et Kerry sont d'emblée antipathiques et imbuvables, etc. Sophie Kinsella sait nous faire nous sentir proches de ses personnages. C'est comme si ils faisaient d'une certaine manière déjà partie de nos vies. Les 400 pages du livre sont en quelque sorte une portion de leur vie que nous traversons avec eux !

Au cœur des pérégrinations de tous ces personnages, un constat : nous avons tous des secrets plus ou moins bien gardés, plus ou moins précieux, même à l'égard de nos meilleurs amis ou de nos plus proches parents. Ces "petits secrets" font partie de nous, de ce que nous sommes. Sous-jacente mais omniprésente, surgit alors une question : peut-on avoir une relation saine, honnête et franche, qu'elle soit amicale ou amoureuse, tout en gardant pour soi ses petits secrets ? Pour ma part, je pense que tout l'enjeu est de savoir distinguer les secrets anodins, sans importance, de ceux que l'on ne peut taire sans mettre en péril ses relations. Quel intérêt pour Emma d'aller révéler à ses collègues de travail que la paire de fesses photocopiée et plantée sur le panneau d'affichage est la sienne ?! Et pourquoi faire savoir qu'elle utilise toujours son couvre-lit Barbie ? ...
Et puis, à travers les Petits secrets d'Emma, ce sont des milliers de filles  et de femmes qui peuvent se reconnaître : qu'elles mentent sur leur taille, qu'elles pleurent en cachette sur une chanson émouvante ou qu'elles fassent semblant d'aimer le jazz, toutes les femmes sont, d'une manière ou d'une autre, des Emma Corrigan ... Si, si !

Voilà, chers lecteurs et lectrices, je pense avoir rempli le contrat que je m'étais fixé au début de cet article : vous inciter à lire "Les petits secrets d'Emma", tout en gardant le secret (c'est le cas de le dire !) sur l'essentiel, qui n'est pas non plus dévoilé dans le résumé : qui est  donc "l'inconnu de l'avion" à qui Emma déballe instinctivement et mécaniquement ses moindres petits secrets ? Et quelles seront les répercussions de ces révélations sur sa vie  professionnelle, familiale et affective ? Du piquant en perspective ... !

J'espère avoir réussi à vous convaincre sans trop en dévoiler. Certains estimeront peut-être que j'aurais pu en dire plus, mais je suis sûre qu'une fois qu'ils auront lu le livre, ils comprendront. Il faut toujours garder une part de secret, c'est tellement plus croustillant ...

Envie ... d'un extrait (mais vous n'en saurez pas plus ici ! ) : 

" J'ignore ce qui se passe autour de nous. Mon univers s'est réduit à moi, à cet inconnu et à ma bouche qui crache mes secrets les plus intimes. Je sais à peine ce que je raconte. Je sais seulement que ça me fait du bien. C'est comme ça que ça se passe en thérapie ? "

" Il se souvient de tout, mais de tout ! Putain ! Quelle autre connerie j'ai encore pu sortir ? (...) dans ma tête, c'est la tempête : j'essaye de me souvenir de ce que j'ai dit. Il sait tout de moi, maintenant ! Absolument tout ! Il sait le genre de petites culottes que je porte, les parfums de glace que je préfère, comment j'ai perdu ma virginité, et ... "

" J'ai encore des palpitations en songeant à ces événements invraisemblables. Et à l'injustice de la chose. C'était un inconnu. L'avantage des inconnus, c'est qu'ils disparaissent à jamais dans les espaces infinis. "