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mardi 20 mars 2012

Pêle-Mêle de mes dernières lectures

J'avoue avoir très peu alimenté le blog ces derniers mois. Pour autant, je n'ai pas interrompu mes lectures ! Et il y en a beaucoup que j'aurais aimé vous faire connaître et partager !

Alors je vous propose d'en évoquer quelques unes par le biais d'un article "pêle-mêle", au fil duquel j'aborderai quelques romans lus dernièrement. Je pourrai ainsi consacrer mes prochains articles à mes lectures récentes, tout en ayant quand même eu l'opportunité de vous parler de lectures plus anciennes (de quelques semaines seulement bien sûr...), qu'il me tenait tout de même à cœur de faire figurer dans ces pages.


La Vie d'une autre - Frédérique Deghelt (Actes Sud, 2007, 341 p. et Le Livre de Poche, 2010, 251 p.)

Je connaissais Frédérique Deghelt pour avoir lu "La Grand-mère de Jade", un moment de lecture très émouvant. C'est une version rééditée de "La Vie d'une autre", à l'occasion de son adaptation au cinéma avec Juliette Binoche et Mathieu Kassovitz, que je me suis procuré en début d'année.
En une nuit, Marie, jeune femme indépendante de vingt-cinq ans, se retrouve douze ans plus tard, mariée, trois enfants, et plus aucun souvenir de ces années écoulées. Au contact de ses proches qui ne se doutent pas du mal inexpliqué qui est désormais le sien, en proie à cette vie qui lui échappe, Marie part en quête de réponses à ses questions, à la fois actrice de sa propre vie, et spectatrice de "la vie d'une autre"...


Mon avis ? Un très beau roman, prenant et bien écrit. Une histoire originale, construite autour de thèmes tels que la fuite du temps, les choix de la vie (les bons, les mauvais, ceux que l'on a fait, mais aussi - et surtout - ceux que l'on aurait dû faire...), la connaissance de soi, les souvenirs que l'on se construit (et ceux que l'on aimerait avoir déjà détruit...), l'amour (et le désamour), la passion, les idéaux, les doutes... Ce qui rend le roman captivant, c'est aussi son côté "enquête". De plus, l'héroïne est aussi la narratrice, ce qui permet au lecteur de réellement s'identifier à sa quête de compréhension et à son cheminement vers la sérénité. Pour ma part, je n'ai pas eu l'occasion de voir le film inspiré du livre. J'apprécie beaucoup Juliette Binoche, je prévois donc de le voir tôt ou tard. Mais si de votre côté vous l'avez déjà vu, faites moi part de vos impressions : fidèle au roman ? Dans la négative, bon film tout de même ? Affaire à suivre pour moi !

Le Théorème de Cupidon - Agnès Abécassis (Calmann-Lévy, 2011, 240 p. et Le Livre de Poche, 2012, 288 p.)

Il y avait déjà quelque temps que je projetais de lire le dernier roman d'Agnès Abécassis. J'attends toujours ses livres avec impatience et ils ne m'ont jamais déçue ! Cette fois encore, la griffe Abécassis a tenu ses promesses ! Surprise et humour sont au rendez-vous dans cette histoire qui est celle de deux vies parallèles : Adélaïde et Philéas travaillent tous les deux dans le cinéma mais ne se connaissent pas ("enfin, c'est ce qu'ils croient...", nous dit la quatrième de couverture). Pétulante jeune femme drôle, extravertie, et déçue par les relations amoureuses, Adélaïde n'a a priori rien à voir avec Stanislas, peu sûr de lui, gauche et toujours pressé de conclure. Qui plus est, "deux lignes parallèles ne se croisent jamais... Sauf si elles sont faites l'une pour l'autre", énonce le Théorème de Cupidon !

Alors, quand ? Comment ? Où ? Pourquoi ? C'est ce que ce roman amusant, captivant et follement divertissant vous propose de découvrir ! Et il vous avance de solides arguments : deux narrateurs (donc deux regards sur les événements), des situations insolites et surprenantes, des dialogues savoureux, un soupçon d'émotions et, comme toujours chez Agnès, des personnages vrais, "entiers", et donc immédiatement attachants. Je ne peux que profiter de l'occasion pour insister à nouveau auprès de vous, "vous" les filles évidemment (quoique...), sur la NÉCESSITÉ IMPÉRIEUSE ET ABSOLUE (sans exagération aucune) de lire Agnès Abécassis ! J'ai consacré l'année dernière une chronique à "Soirée Sushi", mais il ne s'agit là que d'une de ses perles de comédie ! "Toubib or not toubib", "Chouette, une ride !" (pour ne citer qu'eux) : le divertissement et l'évasion sont à coup sûr ga-ran-tis !


Piège Nuptial - Douglas Kennedy (Belfond, 2008 (réédition), 265 p. et Pocket, 2009, 250 p. - Titre original : The dead heart)


"Piège nuptial" est le premier roman de Douglas Kennedy publié pour la première fois en français en 1998 sous le titre "Cul-de-sac". J'avoue, je n'avais jamais lu Douglas Kennedy avant, même si suite à l'adaptation au cinéma de "L'Homme qui voulait vivre sa vie" avec Romain Duris en 2010, j'étais pourtant bien résolue à lire le livre (il n'est jamais trop tard).

Piège Nuptial, c'est l'histoire de Nick Hawthorne, modeste pigiste américain blasé par la vie qui, sur un coup de tête, fasciné par une carte routière de l'Australie découverte dans une bibliothèque de Boston, plaque tout du jour au lendemain et s'envole pour Darwin. Vite rebuté par cette ville, Nick ne tarde pas à s'aventurer sur la route du bush australien. Après avoir goûté, non sans mal, à la solitude des grands espaces et percuté un kangourou en pleine nuit, Nick poursuit sa route en compagnie d'Angie, une auto-stoppeuse directe, graveleuse et exubérante, avec laquelle il vit une brève histoire faite de débauche et d'excès en tous genres. Trois jours plus tard, il se réveille drogué et ... marié. Sans aucun souvenir des derniers événements, reclus à Wollanup, un village d'une cinquantaine d'habitants, à plus de quatre-cent kilomètres de désert de la ville la plus proche... Loin de toute trace de civilisation, marié à une nymphomane rustre doublée d'une parfaite alcoolique, coincé au beau milieu d'une communauté de primitifs illuminés (et imbibés de bière) qui semblent prêts à tout pour préserver leur communauté, Nick est irrémédiablement pris au piège...

Vous l'aurez sans doute compris, ce polar est conçu à la manière d'un huis clos. Noir, oppressant. Et tout simplement génial. Roman noir original, Piège nuptial entraîne le lecteur dans une lutte acharnée pour l'évasion et la survie dans ce qui semble bien tout proche de l'enfer sur terre. La violence latente, la vie culturelle inexistante, la chaleur suffocante, l'atmosphère pesante, la puanteur persistante : tous les ingrédients sont réunis pour confiner le lecteur dans un univers résolument malsain, un "nulle part" où le monde semble avoir réellement touché à sa fin. Bref, un roman conduit à un rythme haletant et soutenu, au service d'un solide suspense qui vous défie de poser le livre avant la fin ! Une véritable entreprise de polarisation...

Mais Comment font les femmes ? - Allison Pearson (Plon, 2002, 420 p. et J'ai Lu, 2004 - Titre original : I don't know how she does it)

Décidément, le monde du septième art trouve souvent son inspiration dans l'univers des lettres ces derniers temps ! Tant mieux pour moi en l'occurrence : je me suis plongée dans la lecture du roman d'Allison Pearson après avoir vu son adaptation cinématographique avec Sarah Jessica Parker (un film sympa soit-dit en passant, même si essentiellement destiné à un public féminin, il faut bien l'admettre !). A ma grande surprise, le film a pris quelques libertés notables par rapport au livre. Mais qu'importe ! Je suis ici pour vous parler du livre.

Kate Reddy, brillante gestionnaire de portefeuilles à la City de Londres, se démène quotidiennement pour gérer et concilier tant bien que mal les deux pans essentiels de son existence : d'un côté sa vie professionnelle, une lutte permanente pour exister dans le monde de la finance, un univers masculin redoutable et impitoyable, un travail et des responsabilités importantes qui la mobilisent énormément et la poussent à voyager régulièrement ; de l'autre, sa vie familiale, avec son mari Richard, qui lui reproche fréquemment ses absences, et leurs deux enfants, Ben, un an, et Emily, cinq ans.


Mon avis ? Découpé en chapitres courts, souvent eux-mêmes cadencés au rythme de la journée, le roman est très agréable à lire. Ce qui m'a vraiment plu, c'est que cette histoire va au-delà du portrait classique (et en vogue) de la femme polyvalente, qui fait face sur tous les fronts. A travers les questionnements et les doutes de l'héroïne, l'auteur aborde des sujets plus profonds : la place de la femme dans la société, d'hier à aujourd'hui (l'épouse, la maman, l'amie, la collègue, la voisine, etc.), les choix de la vie (eh oui, ici aussi !), le temps qui nous glisse entre les doigts (vingt-quatre heures dans une journée, c'est tout ?), le jugement des autres, la culpabilité, l'incertitude, le souci de bien faire ... Mais toujours avec humour ! J'ai vraiment a-do-ré les listes dressées par Kate (en fin de chapitre), les mails, les situations cocasses (par exemple l'épisode du supermarché !), etc. Bref, un bon moment de lecture ! Vous ne direz plus jamais "j'ai trop de choses à faire" de la même manière ... !

dimanche 18 mars 2012

Les Mésaventures de Minty Malone - Isabel Wolff

(Pocket, 2002 et 2008, 528 p.)

Envie de ... résumer : 

(titre original : The Making of Minty Malone)

Vous êtes devant l'autel de l'église. Le prêtre prononce les phrases rituelles. Vous jetez un coup d’œil tendre et complice à votre bien-aimé. Il vous sourit. Vous lancez un "oui" énamouré. Ça y est, vous êtes presque mariée. Maintenant c'est à lui. Il vous adresse un regard plein de compassion. Vos parents, vos collègues, tous vos amis sont venus célébrer l'événement. Vous êtes aux anges. Encore une seconde et vous êtes unis pour le meilleur et pour le pire. Non ! Un "non", ferme et définitif, résonne encore dans l'église. Vous n'êtes plus mariée.
Tel est votre destin : vous êtes et resterez Miss Malone. Sur un point, cependant, rien ne sera plus comme avant : à votre tour, vous allez apprendre à dire "non"...

Envie de ... donner mon avis :

Contre toute attente (je plaide non coupable : je cours sans cesse après le temps, et voir ces pages en stand-by est extrêmement frustrant !), mon blog reprend vie aujourd'hui avec un authentique " livre de filles " que j'ai lu il y a quelques mois déjà, que j'ai beaucoup aimé, et que je tenais donc à vous faire partager. Je connaissais déjà le style d'Isabel Wolff pour avoir lu " Les Tribulations de Tiffany Trott " il y a quelques années. J'avais adoré sa capacité à conjuguer habilement l'humour avec un véritable travail de recherche dans la construction des profils de personnages.

Dans tous les pans de sa vie, affective, familiale et professionnelle, Minty Malone est une jeune femme charmante et infiniment arrangeante, gentille, conciliante. Minty cède toujours à tout et à tout le monde :
... à Dominic, qu'elle s'apprête à épouser, un homme d'apparence sympathique mais pour le moins despotique, qui semble gouverner l'entier comportement de sa future épouse, de ses tenues vestimentaires à son langage, en passant par ses loisirs...,
... à ses collègues, pour leur mâcher le boulot (un air de déjà-vu pour vous aussi ??)
... à sa cousine Amber, aussi attachante qu'autoritaire et envahissante...

Autant de manifestations de cette indulgence de tous les instants, de cette bienveillance extrême, qui lui valent certes sa réputation de jeune femme avenante, mais aussi un lot considérable de déconvenues cuisantes.

Car il faut bien l'admettre : de (trop) gentille à "bonne poire" (pour reprendre son expression), il n'y a qu'un pas... Que Minty a TRÈS LARGEMENT franchi. Trop gentille par crainte de ne pas savoir gérer les conflits. Trop aimable, trop affable pour éviter d'aller à l'affrontement. Trop terrifiée à l'idée de blesser. Trop serviable par peur d'être rejetée...

Mais petit à petit, les choses vont changer. Plaquée par celui qu'elle croyait être l'homme de sa vie devant l'autel de l'église le jour de son mariage, Minty va avoir un déclic. Finie la gentillesse comme " police d'assurance " ! Galvanisée par sa prise de conscience et désormais désireuse de s'affirmer pour de bon, Minty va reprendre sa vie en mains. Aidée de l'original -et pour le moins insolite- " Séminaire des Anti-Gentils ", humiliée et hantée par l'échec de son mariage, Minty va chercher à comprendre l'attitude du goujat qu'il l'a laissée en plan devant des centaines d'invités réunis pour l'occasion.
A travers cette quête, elle va en découvrir davantage sur elle-même et apprendre à aborder différemment ses rapports aux autres. Parviendra-t-elle à s'affirmer, à refuser, à défendre ses points de vue ?

Pour ma part, j'ai été d'autant plus touchée par cette histoire, que je suis moi-même bien souvent trop accommodante, pour les mêmes raisons que Minty d'ailleurs ! La plupart du temps, si je redoute les conflits, c'est tout autant par peur de ne pas savoir les gérer, que par peur de déplaire ...
Par ailleurs, ce qui m'a tout particulièrement plu, c'est le fait d' avoir su exploiter brillamment le registre humoristique pour en fin de compte aborder un sujet somme toute profond : comment s'affirmer réellement, exprimer ses vrais désirs, tout en restant agréable, courtois et diplomate ? Au fond, comment " ménager la chèvre et le choux " ?!

Avec une galerie de personnages originaux et amusants, aux traits de caractère marqués et souvent désopilants, " Les Mésaventures de Minty Malone " saura satisfaire toutes les lectrices (et les lecteurs aussi après tout hein !) à la recherche d'un roman facile à lire, drôle et résolument original. Alors sans plus attendre, dites " oui " à l'apprentissage du " non " ! Et si vous avez aimé ce roman, découvrez dès que possible " Les Tribulations de Tiffany Trott " !

Envie ... d'un extrait :

" Il n'y a rien que je déteste plus que faire des histoires. Je suis très " gentille ". C'est ce que tout le monde dit de moi - que je suis terriblement " gentille ". On a toujours dit ça. J'abhorre au dernier degré tout type de confrontation. Je suis tout simplement incapable de les gérer. Alors, s'il s'agit d'une question secondaire, je suis plus qu'heureuse de céder parce que, dans mon esprit, ça ne vaut pas la peine qu'on fasse des histoires ".

" A présent, je savais pourquoi Dominic avait fait ce qu'il avait fait. (...) C'était bien parce que j'étais trop gentille. Il avait par conséquent perdu tout respect pour moi (...). Lorsque nous nous étions rencontrés, j'étais quelqu'un d'indépendant et d'assuré. Et qu'étais-je devenue ? Une lavette avide de plaire. Une nunuche. Une bonne poire. Et Dominic avait perdu tout respect pour moi. Je ne le lui reprochais plus, désormais. Je comprenais que c'était moi la fautive ". 


lundi 29 août 2011

Lexi Smart a la mémoire qui flanche - Sophie Kinsella

(Éditions Belfond, 2009, 396 p. et Pocket, 2011, 413 p.)






  
Envie de ... résumer :
 
Ce qu'on appelle un trou noir. Le black-out. Trois ans d'existence purement et simplement passés à la trappe. Entre-temps, Lexi la loseuse, dents de travers et poches percées, flanquée d'un boyfriend passablement minable, a fait place à Lexi-les-dents-longues, wonder woman bien mariée, mal entourée, sapée luxe et manucurée... Où, quand, comment ? Mystère et boule de gomme. Une chose est sûre : sa nouvelle vie ne lui ressemble plus. Remue-méninges en perspective...

Envie de ... donner mon avis :
 
Je ne sais pas ce qu'il en est pour vous, mais pour moi, ce 29 août rime avec retour de vacances la tête encore pleine de souvenirs chauffés par le soleil : la mer, le sable chaud, les restos ... mais pas que ! Entre deux séances de bronzette en mode lézard, je trouvai (enfin !) l'occasion de lire "Lexi Smart a la mémoire qui flanche" de Sophie Kinsella. Déjà totalement convaincue par la série de l'accro du shopping, mais aussi par les tribulations des autres héroïnes nées de l'imagination de Sophie (Samantha, Emma, ...), j'attendais les vacances avec impatience pour me lancer dans la lecture des aventures de Lexi Smart. Et je ne fus pas déçue (bon, en même temps, je ne m'attendais guère à l'être, Sophie Kinsella est devenue une valeur sûre !).

Un seul mot : génialissime ! Mystère et humour se conjuguent pour faire de ce roman un concentré d'énergie positive. Une excellente comédie toute entière dévouée à la détente et à l'évasion. Décompression assurée !

Du mystère : du jour au lendemain, Lexi Smart se réveille dans un lit d'hôpital sans le moindre souvenir des trois dernières années qui viennent de s'écouler. Entre-temps, la Lexi banale, cheveux crépus, dents de travers (on la surnomme "Ratichiotte" !), job moyen et petit copain minable, a fait place à une Lexi impeccable, haute-couture, carriériste et déterminée, mariée à un professionnel de l'immobilier de luxe aussi riche et séduisant qu'attentionné et envoûtant. Une vie de rêve, une vie parfaite, une vie excitante ... mais une vie dont tous les éléments lui sont étrangers ! Elle ne connaît rien de cette vie qui est censée être la sienne : son mari n'est qu'un illustre inconnu, ses amies ne sont plus les mêmes, ses responsabilités professionnelles lui échappent !

Dès lors, les questions fusent et s'enchaînent : comment a-t-elle pu gravir si vite les échelons, professionnellement et socialement ? Pourquoi ses amies l'évitent-elles ? Par quel étrange coup du sort Amy, son adorable petite soeur, a-t-elle pu devenir cette adolescente aux cheveux bleus, arrogante, voleuse et paresseuse ? Et qui est cet énigmatique architecte qui prétend être "l'autre homme" de sa vie ?
En quête de réponses, Lexi va devoir se protéger contre ceux qui chercheraient à exploiter son amnésie, et la faiblesse qui en découle, pour lui faire avaler tout et n'importe quoi ...
Dans la mesure où le lecteur évolue au même rythme que Lexi, cette dernière n'en est que plus attachante. Nous reconstituons avec elle le puzzle de sa vie ! Impossible de poser le livre plus de quelques minutes !

De l'humour : une fois encore, Sophie Kinsella ne dément ni son talent ni son savoir-faire. Virtuose de l'humour accomplie, elle manie admirablement les ficelles de la comédie. Parfois malgré elle, parce qu'elle est en perte de repères, Lexi est franchement drôle ; mention spéciale également au ton utilisé pour évoquer le luxe, son faste et la démesure qui va (bien souvent) avec : l'équipement de la maison, à la pointe de la technologie, est tourné en dérision pour notre plus grand plaisir ! Également au service de l'humour et du divertissement, la mère de Lexi et sa ribambelle de chiens, la superficialité de la course aux "privilèges du luxe" ...

Cependant, au-delà de son aspect purement divertissant, cette comédie me semble également proposer une réflexion
intéressante sur ce que nous attendons, espérons, de la vie. Et au fond, qu'est-ce qu'une "vie de rêve" ? Peut-on vraiment tout avoir ? Quelle place pour l'apparat, pour les façades ? Et quelle place pour la connaissance de l'autre ? Ce roman me paraît faire également réfléchir aux valeurs qui sont les nôtres, celles que nous chérissons le plus, celles que nous privilégions, et donc celles que nous souhaitons transmettre.

En bref : un excellent divertissement, une comédie pétillante et originale, à lire d'urgence si ce n'est déjà fait !

Envie ... d'un extrait : 
 
" Malgré ma tête qui tourne, je vais dans la salle de bains m'asperger le visage. Puis je me penche au-dessus du lavabo et contemple mon reflet qui m'est encore étranger. J'ai l'impression de me désintégrer. S'amuse-t-on à me jouer une énorme farce ? Ai-je des hallucinations ? J'ai vingt-huit ans, des dents parfaites, un sac Vuitton, le titre de directrice et un mari. Bon sang ! Qu'est-ce qui a bien pu se passer ? "

vendredi 6 mai 2011

Les petits secrets d'Emma - Sophie Kinsella

(Éditions Belfond, Coll. Mille Comédies, 2005, 376 p. et Pocket, 2008, 381 p.)

 
  
Envie de ... résumer :
  
 (Titre original : Can you keep a secret ?)

Ce n'est pas qu'Emma soit menteuse, non, c'est plutôt qu'elle a ses petits secrets.
Par exemple, elle fait un bon 40, pas du 36. Elle ne supporte pas les strings. Elle a très légèrement embelli son CV. Elle déteste sa cousine Kerry. Et avec Connor, son petit ami, au lit ce n'est pas franchement l'extase. Bref, rien de bien méchant, mais plutôt mourir que de l'avouer. 
Mourir ? Justement... Lors d'un voyage en avion passablement mouvementé, Emma croit sa dernière heure arrivée. Prise de panique, elle déballe tout à son séduisant voisin. Tout et plus encore. Sans imaginer que l'inconnu en question est l'un de ses proches. Très proche même... 

Envie de ... donner mon avis : 

J'avais déjà lu "Les petits secrets d'Emma" l'année dernière - et j'avais adoré ! - mais le souvenir que j'en avais était trop vague pour vous en parler correctement. Je l'ai donc relu avec un immense plaisir, mais je l'ai tellement aimé que c'est une réelle épreuve pour moi de vous en parler. Pourquoi ? me direz-vous. Et bien parce que, si  je veux que la lecture de ce livre conserve pour vous tout son intérêt, je dois m'interdire formellement de vous révéler quoique ce soit sur l'histoire des Petits secrets d'Emma, la quatrième de couverture en dit suffisamment. Or, difficile de vous donner envie et de vous faire partager mon goût pour ce livre, sans rien trahir de son intrigue, car les révélations (notamment sur l'inconnu de l'avion) se manifestent très rapidement ... Mais je vais m'appliquer le mieux possible à vous donner mon avis tout en gardant le silence sur les éléments-clés du récit.

Dans la veine de la série des "Accro du Shopping" et des aventures de Becky Bloomwood (inconditionnelle cette série ... oh j'aimerais tellement aussi vous en parler !), "Les Petits secrets d'Emma" est avant tout une comédie pétillante. On y retrouve la plume expérimentée de Sophie Kinsella, qui sait nous faire sourire et souvent même rire. Je peux vous assurer avoir réellement ri en lisant Les petits secrets d'Emma. Peut-être qu'il en faut peu pour me faire rire ... Ou peut-être tout simplement (et je pencherais pour cette seconde hypothèse) que Sophie Kinsella est réellement passée maître dans l'art de faire rire.

Humour, situations insolites et rebondissements inattendus se succèdent pour notre plus grand plaisir. A un rythme palpitant s'ajoutent une galerie de personnages hauts en couleurs, à commencer par Emma Corrigan, une héroïne aussi drôle qu'attachante. Assistante marketing au sein d'une grande société londonienne, Emma rêve du poste et de la promotion qui la feront exister aux yeux de ses parents et qui lui permettront de rivaliser avec sa détestable cousine Kerry, pimbêche narcissique qui s'est toujours employée à la rabaisser. Emma sort avec Connor. Intelligent, beau comme un dieu et attentionné, Connor a tout du gendre idéal. Mais plus Emma entend répéter autour d'elle qu'ils forment le couple parfait, moins elle est certaine de l'aimer...
Et puis il y a Lissy, la colocataire et meilleure amie d'Emma, parfois troublante ou surprenante mais tout aussi charmante. Et Jemima, l'autre colocataire, aussi superficielle que déjantée. Sans oublier les collègues de travail : cette chère Artemis (et sa plante verte !), Katie, la spécialiste des fringues en crochet à la recherche du grand amour, sans oublier Jack Harper, le grand patron !

Bien qu'elle écrive une pure comédie, le mérite de Sophie Kinsella est de savoir dépeindre avec beaucoup de justesse le profil de ses personnages, leur personnalité. En quelques pages, en quelques mots, le lecteur sait exactement à qui il a à faire : Emma est immédiatement sympathique, charmante et drôle ; Artemis et Kerry sont d'emblée antipathiques et imbuvables, etc. Sophie Kinsella sait nous faire nous sentir proches de ses personnages. C'est comme si ils faisaient d'une certaine manière déjà partie de nos vies. Les 400 pages du livre sont en quelque sorte une portion de leur vie que nous traversons avec eux !

Au cœur des pérégrinations de tous ces personnages, un constat : nous avons tous des secrets plus ou moins bien gardés, plus ou moins précieux, même à l'égard de nos meilleurs amis ou de nos plus proches parents. Ces "petits secrets" font partie de nous, de ce que nous sommes. Sous-jacente mais omniprésente, surgit alors une question : peut-on avoir une relation saine, honnête et franche, qu'elle soit amicale ou amoureuse, tout en gardant pour soi ses petits secrets ? Pour ma part, je pense que tout l'enjeu est de savoir distinguer les secrets anodins, sans importance, de ceux que l'on ne peut taire sans mettre en péril ses relations. Quel intérêt pour Emma d'aller révéler à ses collègues de travail que la paire de fesses photocopiée et plantée sur le panneau d'affichage est la sienne ?! Et pourquoi faire savoir qu'elle utilise toujours son couvre-lit Barbie ? ...
Et puis, à travers les Petits secrets d'Emma, ce sont des milliers de filles  et de femmes qui peuvent se reconnaître : qu'elles mentent sur leur taille, qu'elles pleurent en cachette sur une chanson émouvante ou qu'elles fassent semblant d'aimer le jazz, toutes les femmes sont, d'une manière ou d'une autre, des Emma Corrigan ... Si, si !

Voilà, chers lecteurs et lectrices, je pense avoir rempli le contrat que je m'étais fixé au début de cet article : vous inciter à lire "Les petits secrets d'Emma", tout en gardant le secret (c'est le cas de le dire !) sur l'essentiel, qui n'est pas non plus dévoilé dans le résumé : qui est  donc "l'inconnu de l'avion" à qui Emma déballe instinctivement et mécaniquement ses moindres petits secrets ? Et quelles seront les répercussions de ces révélations sur sa vie  professionnelle, familiale et affective ? Du piquant en perspective ... !

J'espère avoir réussi à vous convaincre sans trop en dévoiler. Certains estimeront peut-être que j'aurais pu en dire plus, mais je suis sûre qu'une fois qu'ils auront lu le livre, ils comprendront. Il faut toujours garder une part de secret, c'est tellement plus croustillant ...

Envie ... d'un extrait (mais vous n'en saurez pas plus ici ! ) : 

" J'ignore ce qui se passe autour de nous. Mon univers s'est réduit à moi, à cet inconnu et à ma bouche qui crache mes secrets les plus intimes. Je sais à peine ce que je raconte. Je sais seulement que ça me fait du bien. C'est comme ça que ça se passe en thérapie ? "

" Il se souvient de tout, mais de tout ! Putain ! Quelle autre connerie j'ai encore pu sortir ? (...) dans ma tête, c'est la tempête : j'essaye de me souvenir de ce que j'ai dit. Il sait tout de moi, maintenant ! Absolument tout ! Il sait le genre de petites culottes que je porte, les parfums de glace que je préfère, comment j'ai perdu ma virginité, et ... "

" J'ai encore des palpitations en songeant à ces événements invraisemblables. Et à l'injustice de la chose. C'était un inconnu. L'avantage des inconnus, c'est qu'ils disparaissent à jamais dans les espaces infinis. "

jeudi 14 avril 2011

Ce crétin de prince charmant - Agathe Hochberg

 (Éditions Mango, 2003, 219 p. et Éditions Pocket, 2005, 244 p.)



Envie de ... résumer :

Une chose est sûre : le chevalier servant n'existe pas ! Beau parleur, mesquin, égoïste, obsédé, irresponsable, voire désespérément immature, le mâle du XXIe siècle pencherait plutôt du côté " odieux crapaud ", avec tout ce qu'il faut de ridicule et de veulerie affichée.
Et ce n'est ni Ariane, jeune Parisienne branchée, mariée " par intérim " à un jeune loup de la finance aussi agaçant qu'absent, ni Justine, charmante célibataire juive new-yorkaise adepte des cuites au saké et névrosée de première, qui vous diront le contraire. La preuve, les innombrables et irrésistibles mails que nos deux trentenaires délaissées - et déchaînées - ont décidé de s'envoyer le temps d'un jeu de massacre transatlantique à la fois acerbe et drolatique...

Envie de ... donner mon avis :

Inutile de tourner autour du pot ou de peser mes mots, si vous voulez passer un agréable moment, je vous recommande vivement ce livre. Pourquoi ?
Hmmm, par où commencer ?

D'abord et avant tout pour son réalisme. Ne nous voilons pas la face : est-ce vraiment bon pour le moral de lire un livre où les femmes sont juste ... parfaites (jusqu'au bout des ongles) ?
Je prends le risque que ma réaction passe pour de l'égoïsme ou de l'envie, mais je dois l'admettre : lire une histoire féminine où tout n'est pas que réussite, paillettes, shopping et cocktails, ça fait du bien !! N'ayons pas peur de le dire !
En effet, chacune à leur manière, Justine, la new-yorkaise célibataire, et Ariane, la parisienne mariée à mi-temps, incarnent des femmes que je qualifierais de "normales", des femmes d'aujourd'hui, qui jonglent tant bien que mal avec les différents aspects de leur vie : le travail (plus ou moins épanouissant), la famille (plus ou moins aimante ou envahissante), les amis, et les hommes bien sûr.
Ce que j'aime tout particulièrement dans ce livre, c'est que chacun peut s'y retrouver, s'y reconnaître. Les anecdotes, les situations, les conversations, sont tout à fait vraisemblables, ce sont des morceaux de vie qui peuvent facilement nous rappeler la nôtre (qui n'a jamais rêvé d'une "chambre des tortures" où envoyer tous les idiots qui vous ont rabaissé(e)s ?).

Au-delà des deux personnages principaux, j'accorde une mention spéciale à la fidèle amie d'Ariane, Ambre, célibataire à la dérive, émouvante et attachante. On aimerait la rencontrer et pouvoir l'aider...  
Mention spéciale également aux échanges de mails entre Justine et Ariane. Criants de réalisme et de petits détails croustillants ("j'ai le hoquet", "je mange des céréales", "je tape d'un seul doigt", etc.), c'est presque comme si vous étiez chez vous devant votre ordinateur en train de lire le dernier mail d'une copine ! C'est précisément là la sensation que j'ai ressentie en lisant les mails de ces deux amies : une journée épouvantable au boulot, un rendez-vous raté (ou manqué), une soirée plus ou moins réussie,le dernier épisode de Sex and The City (et les mésaventures de Carrie auxquelles vous vous identifiez !) ... ça vous rappelle forcément quelque chose, non ?  

Au cœur de ce roman donc, l'amitié et les échanges qu'elle peut susciter. Alors qu'elle ne se sont rencontrées qu'une seule fois à un mariage, Ariane et Justine se confient tout, se dévoilent, se conseillent mutuellement, se réconfortent. Une amitié particulière car virtuelle certes, mais une belle amitié quand même.

Je salue enfin la perspicacité et l'humour de l'auteur : "Ce crétin de prince charmant" est avant tout une comédie très réussie, même si cette dernière, il faut le préciser, n'a rien de superficiel. Car c'est bien connu : de l'humour à la dérision, et de la dérision à la prise de conscience de "ce qui ne va pas", il n'y a qu'un pas ...
C'est là, au fond, ce qui fait la qualité de ce roman : de l'humour certes, mais aussi une bonne dose de réflexion sur la vie, les choix que l'on fait (ou que l'on ne fait pas), les occasions manquées, etc.

C'est aussi l'occasion de réfléchir aux relations (une fois de plus, certes ... mais moi je ne m'en lasse pas ! les hommes feront toujours couler de l'encre, ce qui, il faut bien le dire, est toujours mieux que de faire couler des larmes !).
Alors, qui est la plus à la plaindre ? La femme mariée que son mari oublie, ou la célibataire qui enchaîne les rendez-vous ratés et les amants cinglés ? Bien sûr, il y a là un goût prononcé de déjà vu ... Mais l'angle sous lequel la question est traitée fait que l'auteur ne s'est pas contentée de recycler des idées déjà largement utilisées, loin de là. Quant au mariage, autant vous prévenir : il n'est pas épargné ! Mais attention, ce n'est pas parce que vous avez une haute idée du mariage que vous n'aimerez pas ce livre : j'en suis la preuve ! 

En bref, on passe un très bon moment. Un excellent divertissement !

Envie ... d'un extrait :

" Il y a quelques années, une amie m'a offert un coussin sur lequel est écrit "Pour trouver le Prince Charmant, il faut embrasser beaucoup de grenouilles". J'ai embrassé des tas de grenouilles en me disant que peut-être, avec beaucoup d'amour, l'une d'elles pourrait se métamorphoser. Mais laisse-moi te dire une chose : la merde ne change pas, elle sent juste un peu plus fort à chaque fois. Et je suis tellement frustrée par cette connerie de coussin que maintenant, en faisant mon lit, je le retourne pour ne plus le voir."

" P-S : tu dis que le Prince Charmant m'attend ? Il ferait mieux de me chercher au lieu de m'attendre comme un con ! S'il n'est pas plus motivé que ça, c'est mal barré."

" De toutes les façons, j'ai l'impression qu'il faut aller au bout des mauvaises expériences avant de se résoudre à agir.
Et je crois que toutes nos galères sont là pour une bonne raison, ne serait-ce que pour nous faire réaliser qu'il y a certaines choses qu'on ne veut plus jamais vivre."


mercredi 23 mars 2011

Soirée Sushi - Agnès Abécassis

(Éditions Calmann-Lévy, 2010, 179 p. et Livre de Poche, 2011, 179 p.).


Envie de … résumer : 

« Quand le cœur est à nu, rien ne vaut le poisson cru ! » (Site officiel d’Agnès Abécassis)

Rebecca, récemment divorcée (pour la deuxième fois), Hortense, larguée par un homme marié, et Séraphine, tout juste séparée car « publiquement cocufiée » : c’est autour de sushis, ces spécialités japonaises à base de poisson cru, que ces trois amies fraîchement célibataires vont échanger leurs angoisses, leurs joies et leurs craintes, le tout saupoudré d’une bonne dose de potins si croustillants qu’on ne peut que les partager.

Envie de … donner mon avis : 

Un concentré d’ondes positives ! 
D'une manière générale, Soirée Sushi se distingue du Chick-Lit "traditionnel" par ses ingrédients, et c'est là ce qui fait tout son intérêt : pas de groupe de copines perchées sur des Jimmy Choo, brushées et manucurées, qui sirotent des cocktails dans le dernier endroit branché. Ici, place au réalisme avant tout ! Du coup, je me suis sentie proche des personnages, comme si j'avais participé à la soirée !

Léger, drôle et touchant, le portrait de ces femmes tiraillées entre leur rôle de mère de famille désarmées face à des ados aussi mystérieux que déconcertants, et leur cœur de femme, déçu, délaissé ou malmené, fait tout simplement … du bien.
Détentrice habile des clés de l’humour, Agnès Abécassis en fait (très) bon usage ; on s’amuse, on sourit, parfois même on rit. Le ton est naturel et juste. 

Je ne peux m’empêcher de saluer les clins d’œil de l’auteure, qui s’amuse notamment avec les titres des « guides pratiques pour rencontrer l’âme sœur et faire durer son couple » écrits par Séraphine (allez, je vous en cite un : « Les Hommes viennent de Mars, et parfois ils feraient mieux d’y rester » !).
Mention spéciale également aux séances d’analyse du double sens caché des SMS. De même pour le décodage (devrais-je dire la tentative de décodage ?) de la psychologie des ados…

Bref, un vrai régal (même si vous n’aimez pas le poisson cru). Un réel moment de détente.

Envie … d’un extrait (ou deux !) : 

« Quand on me parle de remariage, j’ai l’impression qu’on me propose une autre chute de cheval après celle que je viens de faire. Ça suffit les ruades, hein, c’est bon, j’arrête de monopoliser les salles des mairies pour y contorsionner ma liberté sur des canassons. Chaque représentation me coûte trop cher ».

« L’âge ingrat n’est pas une bonne façon de définir ce qui lui arrive, car ses cheveux bruns, très gras, luisent comme si elle se shampooinait à l’Isio 4 »

Bonne soirée sushi !