mercredi 9 novembre 2011

Le Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates - Mary Ann Shaffer et Annie Barrows

(Éditions Nil, 2009, 390 p. et Éditions 10/18, Coll. Domaine étranger, 2011, 410 p.)

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(titre original : The Guernsey Literary and Potato Peel Pie Society)

Janvier 1946. Tandis que Londres se relève douloureusement des drames de la Seconde Guerre mondiale, Juliet Ashton, jeune écrivain, compte ses admirateurs par milliers. Parmi eux, un certain Dawsey, habitant de l'île de Guernesey, qui évoque au hasard de son courrier l'existence d'un club de lecture au nom étrange : "Le Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates" … Passionnée par le destin de cette île coupée du monde, Juliet entame une correspondance intime avec les membres de cette communauté. Et découvre les moyens fantaisistes grâce auxquels ces amis bibliophiles ont résisté à l'invasion et à la tragédie. Jusqu'au jour où, à son tour, elle se rend à Guernesey. Pour Juliet, la page d'un nouveau roman vient de s'ouvrir, peut-être aussi celle d'une nouvelle vie…

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Après plusieurs semaines d'absence, c'est avec un grand plaisir et un réel coup de cœur que je reviens aujourd'hui (enfin !) alimenter les pages de ce blog. Il y avait déjà quelque temps que Le Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates était dans ma pile à lire, mais comme toujours, c'était plus par manque de temps que par volonté délibérée. En effet, j'en avais reçu d'excellents échos depuis sa parution en France en 2009. Je m'apprête donc aujourd'hui à conforter ces échos et à tenter de vous persuader (si ce n'est déjà fait) de lire "le Cercle" de toute urgence ! Cependant, je fais le choix de ne rien révéler des éléments clés de l'intrigue !

Un roman épistolaire ...

Pour commencer, je voudrais saluer le choix du genre épistolaire (récit composé de la correspondance, fictive ou non, entre un ou plusieurs personnages), peu usité dans la littérature contemporaine, du moins pas dans l'intégralité d'un ouvrage. Certes, je conçois que cette présentation puisse en dérouter quelques-uns, car elle implique une lecture attentive et régulière, surtout quand, comme c'est le cas en l'occurrence, la galerie de correspondants (et donc de personnages) est assez fournie. Cependant, il me semble que même le lecteur le plus sceptique saura, après quelques pages de mise en route, se laisser convaincre par l'originalité et le charme de ce genre littéraire. D'ailleurs, certains chefs d’œuvre intemporels sont construits suivant cette forme ; je pense notamment aux Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos.
Ici donc, c'est en même temps que l'héroïne que l'on se plonge avec délectation dans la lecture de ces lettres toutes plus captivantes les unes que les autres. Et captivantes, ces lettres le sont d'autant plus qu'elles sont écrites simplement. Le ton est "vrai", authentique (comme les personnages d'ailleurs, mais je vous en reparlerai plus loin), sans prétention, sans fioriture. Au final, le livre se lit très facilement, les récits relatés au fil des lettres le sont dans un style très fluide, spontané. C'est ce qui m'amène à vous parler des personnages.

Des personnages atypiques ...

Commençons par l'héroïne, Juliet Ashton. Juliet écrivait une chronique hebdomadaire pour le Spectator durant la guerre ; par la suite, les Éditions Stephen & Stark ont réuni tous ses articles dans un ouvrage qu'ils ont publié sous le titre d'Izzy Bickerstaff s'en va-t-en guerre (Izzy Bickerstaff étant le nom de plume que lui avait choisi le Spectator). Au début du livre, Juliet aspire à se débarrasser d'Izzy pour se consacrer à l'écriture d'un roman plus personnel, dont elle ignore encore le thème : " je souhaiterais écrire un livre mais j'ai du mal à trouver un sujet avec lequel je puisse cohabiter joyeusement pendant plusieurs années", écrit-elle. 

La première lettre qu'elle reçoit d'un certain Dawsey Adams, habitant de Guernesey, marque ainsi le point de départ de son intérêt pour l'île, ses habitants et leur vécu pendant l'Occupation. Mais si Juliet est en quête d'un sujet pour écrire son prochain roman, elle est aussi, et avant tout, en quête d'identité, en quête d'elle-même. Dans le contexte de l'après-guerre, en proie aux doutes et cherchant à apprivoiser ses émotions, la jeune femme emporte avec elle le lecteur dans une aventure tout aussi prenante que bouleversante, dont elle ressortira profondément changée à tout jamais ...

Je viens de réaliser que vous êtes peut-être en train de vous demander à quel moment je vais aborder (et expliciter, pour ceux qui n'ont pas lu le livre) l'existence de ce fameux "Cercle des amateurs de littérature et de tourte aux épluchures de patates de Guernesey" (pour le citer en entier !). Vous ne serez pas surpris de constater que je n'évoque rien d'autre que le délice que constitue l'histoire de la naissance du Cercle ... Les habitants de Guernesey se feront un plaisir de vous la raconter, chacun y allant de son petit détail croustillant (toujours !) : Dawsey Adams, le premier à entrer en contact avec Juliet, Eben Ramsey, Isola Pribby, confectionneuse d'élixirs "pour restaurer l'ardeur masculine", mais aussi Amelia Maugery ou Clovis Fossey (pour ne citer qu'eux).

Un bel hommage à l'amour de la lecture ... 

"Le Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates" est un véritable hymne à l'amour des lettres. Les références sont nombreuses et diverses, passant d'Emily Brontë à Catulle. Pour tous ces personnages affaiblis et humiliés par l'Occupation allemande, la lecture est un refuge, un repère dont on ne peut les priver. Après la Guerre, la lecture panse les plaies, autant qu'elles peuvent l'être ...

"Je trouve ces personnes et leur expérience de l'occupation fascinantes et émouvantes" (Juliet) ...

Débordants de spontanéité et d'authenticité, parfois emplis d'une touchante naïveté, ces hommes et ces femmes vont livrer une partie d'eux-mêmes et de leur histoire à Juliet. Parfois fantasques, souvent drôles, toujours attachants, les personnages nous apportent au fil de leurs courriers une véritable leçon de vie, de courage et de solidarité face à l'adversité. Entre humour, révélations, drames et émotions, Le Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates est un formidable roman qui ne pourra vous laisser indifférent.

Envie .. d'un extrait :


"Je me demande comment cet ouvrage est arrivé à Guernesey.Peut-être les livres possèdent-ils un instinct de préservation secret qui les guide jusqu'à leur lecteur idéal. Comme il serait délicieux que ce soit le cas."

" C'est ce que j'aime dans la lecture. Un détail minuscule attire votre attention et vous mène à un autre livre, dans lequel vous trouverez un petit passage qui vous pousse vers un troisième livre. Cela fonctionne de manière géométrique, à l'infini, et c'est du plaisir pur."

"Je travaille l'oreille tendue vers la porte et, sitôt que j'entends le courrier tomber dans le boîte, je dévale l'escalier à toute vitesse et j'entame un autre chapitre de l'histoire, tout essouflée. Je crois que c'est ce que devaient ressentir les lecteurs rassemblés devant la porte de l'éditeur de Dickens, pour s'emparer du dernier feuilleton de David Copperfield dès sa sortie des presses."

lundi 29 août 2011

Lexi Smart a la mémoire qui flanche - Sophie Kinsella

(Éditions Belfond, 2009, 396 p. et Pocket, 2011, 413 p.)






  
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Ce qu'on appelle un trou noir. Le black-out. Trois ans d'existence purement et simplement passés à la trappe. Entre-temps, Lexi la loseuse, dents de travers et poches percées, flanquée d'un boyfriend passablement minable, a fait place à Lexi-les-dents-longues, wonder woman bien mariée, mal entourée, sapée luxe et manucurée... Où, quand, comment ? Mystère et boule de gomme. Une chose est sûre : sa nouvelle vie ne lui ressemble plus. Remue-méninges en perspective...

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Je ne sais pas ce qu'il en est pour vous, mais pour moi, ce 29 août rime avec retour de vacances la tête encore pleine de souvenirs chauffés par le soleil : la mer, le sable chaud, les restos ... mais pas que ! Entre deux séances de bronzette en mode lézard, je trouvai (enfin !) l'occasion de lire "Lexi Smart a la mémoire qui flanche" de Sophie Kinsella. Déjà totalement convaincue par la série de l'accro du shopping, mais aussi par les tribulations des autres héroïnes nées de l'imagination de Sophie (Samantha, Emma, ...), j'attendais les vacances avec impatience pour me lancer dans la lecture des aventures de Lexi Smart. Et je ne fus pas déçue (bon, en même temps, je ne m'attendais guère à l'être, Sophie Kinsella est devenue une valeur sûre !).

Un seul mot : génialissime ! Mystère et humour se conjuguent pour faire de ce roman un concentré d'énergie positive. Une excellente comédie toute entière dévouée à la détente et à l'évasion. Décompression assurée !

Du mystère : du jour au lendemain, Lexi Smart se réveille dans un lit d'hôpital sans le moindre souvenir des trois dernières années qui viennent de s'écouler. Entre-temps, la Lexi banale, cheveux crépus, dents de travers (on la surnomme "Ratichiotte" !), job moyen et petit copain minable, a fait place à une Lexi impeccable, haute-couture, carriériste et déterminée, mariée à un professionnel de l'immobilier de luxe aussi riche et séduisant qu'attentionné et envoûtant. Une vie de rêve, une vie parfaite, une vie excitante ... mais une vie dont tous les éléments lui sont étrangers ! Elle ne connaît rien de cette vie qui est censée être la sienne : son mari n'est qu'un illustre inconnu, ses amies ne sont plus les mêmes, ses responsabilités professionnelles lui échappent !

Dès lors, les questions fusent et s'enchaînent : comment a-t-elle pu gravir si vite les échelons, professionnellement et socialement ? Pourquoi ses amies l'évitent-elles ? Par quel étrange coup du sort Amy, son adorable petite soeur, a-t-elle pu devenir cette adolescente aux cheveux bleus, arrogante, voleuse et paresseuse ? Et qui est cet énigmatique architecte qui prétend être "l'autre homme" de sa vie ?
En quête de réponses, Lexi va devoir se protéger contre ceux qui chercheraient à exploiter son amnésie, et la faiblesse qui en découle, pour lui faire avaler tout et n'importe quoi ...
Dans la mesure où le lecteur évolue au même rythme que Lexi, cette dernière n'en est que plus attachante. Nous reconstituons avec elle le puzzle de sa vie ! Impossible de poser le livre plus de quelques minutes !

De l'humour : une fois encore, Sophie Kinsella ne dément ni son talent ni son savoir-faire. Virtuose de l'humour accomplie, elle manie admirablement les ficelles de la comédie. Parfois malgré elle, parce qu'elle est en perte de repères, Lexi est franchement drôle ; mention spéciale également au ton utilisé pour évoquer le luxe, son faste et la démesure qui va (bien souvent) avec : l'équipement de la maison, à la pointe de la technologie, est tourné en dérision pour notre plus grand plaisir ! Également au service de l'humour et du divertissement, la mère de Lexi et sa ribambelle de chiens, la superficialité de la course aux "privilèges du luxe" ...

Cependant, au-delà de son aspect purement divertissant, cette comédie me semble également proposer une réflexion
intéressante sur ce que nous attendons, espérons, de la vie. Et au fond, qu'est-ce qu'une "vie de rêve" ? Peut-on vraiment tout avoir ? Quelle place pour l'apparat, pour les façades ? Et quelle place pour la connaissance de l'autre ? Ce roman me paraît faire également réfléchir aux valeurs qui sont les nôtres, celles que nous chérissons le plus, celles que nous privilégions, et donc celles que nous souhaitons transmettre.

En bref : un excellent divertissement, une comédie pétillante et originale, à lire d'urgence si ce n'est déjà fait !

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" Malgré ma tête qui tourne, je vais dans la salle de bains m'asperger le visage. Puis je me penche au-dessus du lavabo et contemple mon reflet qui m'est encore étranger. J'ai l'impression de me désintégrer. S'amuse-t-on à me jouer une énorme farce ? Ai-je des hallucinations ? J'ai vingt-huit ans, des dents parfaites, un sac Vuitton, le titre de directrice et un mari. Bon sang ! Qu'est-ce qui a bien pu se passer ? "

dimanche 5 juin 2011

Je ne vous oublie pas !

Chers lecteurs, Chères lectrices, 

Un petit message afin de vous signaler que non, je ne vous oublie pas ! Mon blog fonctionne toujours. Cependant, son activité se trouve restreinte actuellement en raison d'une formation professionnelle qui ne me permet malheureusement pas de dévorer autant de livres que je le souhaiterais ! Je vous remercie de votre compréhension et espère que vous serez toujours là, très vite je vous l'assure, pour de nouvelles chroniques à vous faire partager ! 

Bien à vous, 

Envie de Livres

mardi 10 mai 2011

Hygiène de l'assassin - Amélie Nothomb

(Éditions Albin Michel, 1992, 200 p., Points, 1999, 181 p. et Le Livre de Poche, 2004, 222 p.)


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Prétextat Tach, prix Nobel de littérature, n'a plus que deux mois à vivre. Des journalistes du monde entier sollicitent des interviews de l'écrivain que sa misanthropie tient reclus depuis des années. Quatre seulement vont le rencontrer, dont il se jouera selon une dialectique où la mauvaise foi et la logique se télescopent. La cinquième lui tiendra tête, il se prendra au jeu. 

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Autant faire mon mea culpa tout de suite : je n'avais jamais lu de livre d'Amélie Nothomb jusqu'à aujourd'hui. Désireuse de remédier à cette lacune dans ma culture livresque, je décidai il y a quelques jours de me procurer l'un de ses romans. Je trouve toujours très intéressant et stimulant, intellectuellement parlant, de découvrir l'univers d'un auteur, surtout lorsque ce dernier est, comme en l'occurrence, un écrivain qui est déjà durablement ancré dans le monde littéraire.
Fascinée devant le nombre important de romans déjà publiés par Amélie Nothomb, je finis par me lancer dans la lecture de son tout premier roman, écrit en 1992 à l'âge de vingt-cinq ans : "Hygiène de l'assassin".

Si je devais donner un avis global, une impression d'ensemble sur ce premier roman qui m'a fait découvrir Amélie Nothomb, je dirais, pour commencer, que j'ai beaucoup aimé. Je comprends désormais les critiques littéraires qui ont toujours usé de l'adjectif "décalé" pour évoquer le style de cet écrivain. En effet, le style d'Amélie Nothomb n'a vraiment rien de banal. En cela, ce roman saura satisfaire tous ceux qui, comme moi, recherchent perpétuellement le livre "différent", original, celui qui sort de l'ordinaire, celui qu'on termine en se disant qu'on n'aurait pas lu ça n'importe où.

A l'origine du roman, un point de départ simple : l'écrivain Prix Nobel de littérature Prétextat Tach, quatre-vingt-trois ans, est sur le point de mourir d'un cancer des cartilages ("syndrome d'Elzenveiverplatz", fruit de l'imagination d'Amélie Nothomb !). Suite à l'annonce de la nouvelle de son décès imminent, des journalistes affluent pour interviewer l'écrivain. L'histoire aurait pu être on-ne-peut-plus plate et commune ... Seulement voilà, Prétextat Tach est bien loin d'être un gentil petit vieillard agonisant, disposé à se confier généreusement aux journalistes zélés qui vont venir l'interroger. Non. 

Vieillard infect, obèse, misogyne et misanthrope, Tach se décrit lui-même tantôt comme un "tas de saindoux", tantôt comme un "génie" ou un "titan exilé". Imbu de sa personne et convaincu de son talent ("un vrai, un pur, un grand, un génial écrivain comme moi"), le vieil homme va jusqu'à comparer sa vie au sacrifice du Christ : "Crever d'une crucifixion, banale comme la pluie à l'époque, ou d'un syndrome rarissime, vous trouvez que ça revient au même ?"
Celui qui n'a aucun scrupule à traiter Madame de Lafayette de "midinette", arrache même les pages superflues de "La Princesse de Clêves" ! Ne tarissant pas d'éloges sur son œuvre à lui, l'écrivain se félicite même que ses livres ne soient pas lus, parce qu'il estime que personne ne peut les comprendre ! Par leur regard trivial, les lecteurs saliraient les "beautés" nées de sa plume : "Au fond, les gens ne lisent pas ; ou, s'ils lisent, ils ne comprennent pas ; ou s'ils comprennent, ils oublient ".  Amélie Nothomb use jusqu'au bout du registre cynique et jette ainsi un regard noir sur l'écriture ("nocive") et la lecture ...

Alternant entre "perles" et "cochonneries", détestable et répugnant, le vieillard va pousser les journalistes dans leurs derniers retranchements, en jouant habilement des cartes du dégoût et de l'écœurement qu'il est bien conscient d'inspirer : qu'il s'agisse des tripes rissolées à la graisse d'oie qu'il prend au petit déjeuner, de ses comparaisons douteuses ou de ses opinions racistes ou misogynes tout bonnement scandaleuses, Prétextat Tach désarme les journalistes qui l'interrogent les uns après les autres. Tous y laisseront des plumes ... Tous, sauf une. Une journaliste qui s'est jurée de l'affronter jusqu'au bout.
Sacré défi, me direz-vous, pour cette jeune femme, que de vouloir tenir tête à un vieillard abject et cruel pour qui les femmes sont toutes des "boudins", des "esclaves laides, bêtes, méchantes et sans charme". Rien que ça !
Après avoir injurié son interlocutrice ("petite femelle prétentieuse"), celui qui qualifie les seins de "protubérances femelles" (charmant encore !) se voit sommé d'expliquer sa "ménopause littéraire", à l'âge de cinquante-neuf ans, vingt-quatre ans plus tôt. En effet, la journaliste aimerait connaître les raisons qui ont poussé l'écrivain à laisser son dernier roman inachevé. 


Commence alors entre les deux personnages une joute verbale sans merci, où déstabilisation, supplice intellectuel et manipulation se juxtaposent sans relâche. C'est d'ailleurs pour exprimer avec suffisamment d'intensité cet échange insolite, sordide et malsain, que le roman est presque entièrement rédigé sous forme de dialogues. En effet, seul le dialogue était à même de nous faire ressentir toute la tension et tout le malaise qui vont naître progressivement du face-à-face hargneux entre les deux personnages. Face à un Prétextat Tach déroutant, désarmant et exaspérant, entraînée dans un jeu de pouvoir pervers, la journaliste va devoir manifester un sang-froid à toute épreuve pour obtenir de l'écrivain qu'il accepte de faire la lumière sur son passé. Un passé trouble, entre obsession de la pureté et exaltation de la jeunesse ... 

Je ne peux que vous recommander la lecture de ce roman, que vous soyez déjà habitué(e)s au style d'Amélie Nothomb ou non. Sa griffe singulière nous offre ici un roman aussi sombre que dérangeant, au dénouement inattendu et pétrifiant, qui ne peut laisser indifférent.
Sous des allures d'interview ordinaire, l'échange se transforme en une véritable plongée dans l'enfance et la vie de Prétextat Tach, plongée ponctuée de révélations pourtant inexprimables, dont la journaliste et l'écrivain lui-même ne ressortiront pas indemnes ...

"Hygiène de l'assassin" a été adapté au théâtre (1998 et 2008) et à l'opéra (1995)  mais aussi au cinéma, par François Ruggieri en 1999, avec Jean Yanne et Barbara Schulz dans les deux rôles principaux. Pour ce qui est du film, je n'ai pas encore pu me le procurer, mais il semblerait que Prétextat Tach y apparaisse moins écœurant que dans le livre.
En 1993,  "Hygiène de l'assassin" a valu à Amélie Nothomb les Prix René Fallet et Alain-Fournier. Pourtant, son manuscrit avait d'abord été refusé par Philippe Sollers chez Gallimard, avant d'être retenu par Albin Michel qui deviendra sa maison d'édition attitrée.
 

Envie ... d'un extrait :

" Ce type est un cas, racontait la dernière victime. Allez comprendre ! On ne sait jamais comment il réagira. Parfois, on a l'impression qu'il peut tout entendre, que rien ne le vexe et même qu'il prend plaisir aux petites nuances impertinentes de certaines questions. Et puis soudain, sans crier gare, le voilà qui explose pour des détails dérisoires ou qui nous jette à la porte si nous avons le malheur de lui faire une remarque infime et légitime. "

_ " (...) Je n'aime pas voir les gens. Si je vis seul, ce n'est pas tant par amour de la solitude que par haine du genre humain. Vous pourrez écrire dans votre canard que je suis un sale misanthrope.
_ Pourquoi êtes-vous misanthrope ? (...)
_ Il y a mille raisons pour détester les gens. La plus importante, pour moi, c'est leur mauvaise foi qui est absolument indécrottable."


_ " Dieu merci, la littérature est moins nocive.
_ Pas la mienne. La mienne est plus nocive que la guerre.
_ Ne seriez-vous pas en train de vous flatter ?
_ Il faut bien que je le fasse puisque je suis le seul lecteur à même de me comprendre. Oui, mes livres sont plus nocifs qu'une guerre, puisqu'ils donnent envie de crever, alors que la guerre, elle, donne envie de vivre. Après m'avoir lu, les gens devraient se suicider."

vendredi 6 mai 2011

Les petits secrets d'Emma - Sophie Kinsella

(Éditions Belfond, Coll. Mille Comédies, 2005, 376 p. et Pocket, 2008, 381 p.)

 
  
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 (Titre original : Can you keep a secret ?)

Ce n'est pas qu'Emma soit menteuse, non, c'est plutôt qu'elle a ses petits secrets.
Par exemple, elle fait un bon 40, pas du 36. Elle ne supporte pas les strings. Elle a très légèrement embelli son CV. Elle déteste sa cousine Kerry. Et avec Connor, son petit ami, au lit ce n'est pas franchement l'extase. Bref, rien de bien méchant, mais plutôt mourir que de l'avouer. 
Mourir ? Justement... Lors d'un voyage en avion passablement mouvementé, Emma croit sa dernière heure arrivée. Prise de panique, elle déballe tout à son séduisant voisin. Tout et plus encore. Sans imaginer que l'inconnu en question est l'un de ses proches. Très proche même... 

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J'avais déjà lu "Les petits secrets d'Emma" l'année dernière - et j'avais adoré ! - mais le souvenir que j'en avais était trop vague pour vous en parler correctement. Je l'ai donc relu avec un immense plaisir, mais je l'ai tellement aimé que c'est une réelle épreuve pour moi de vous en parler. Pourquoi ? me direz-vous. Et bien parce que, si  je veux que la lecture de ce livre conserve pour vous tout son intérêt, je dois m'interdire formellement de vous révéler quoique ce soit sur l'histoire des Petits secrets d'Emma, la quatrième de couverture en dit suffisamment. Or, difficile de vous donner envie et de vous faire partager mon goût pour ce livre, sans rien trahir de son intrigue, car les révélations (notamment sur l'inconnu de l'avion) se manifestent très rapidement ... Mais je vais m'appliquer le mieux possible à vous donner mon avis tout en gardant le silence sur les éléments-clés du récit.

Dans la veine de la série des "Accro du Shopping" et des aventures de Becky Bloomwood (inconditionnelle cette série ... oh j'aimerais tellement aussi vous en parler !), "Les Petits secrets d'Emma" est avant tout une comédie pétillante. On y retrouve la plume expérimentée de Sophie Kinsella, qui sait nous faire sourire et souvent même rire. Je peux vous assurer avoir réellement ri en lisant Les petits secrets d'Emma. Peut-être qu'il en faut peu pour me faire rire ... Ou peut-être tout simplement (et je pencherais pour cette seconde hypothèse) que Sophie Kinsella est réellement passée maître dans l'art de faire rire.

Humour, situations insolites et rebondissements inattendus se succèdent pour notre plus grand plaisir. A un rythme palpitant s'ajoutent une galerie de personnages hauts en couleurs, à commencer par Emma Corrigan, une héroïne aussi drôle qu'attachante. Assistante marketing au sein d'une grande société londonienne, Emma rêve du poste et de la promotion qui la feront exister aux yeux de ses parents et qui lui permettront de rivaliser avec sa détestable cousine Kerry, pimbêche narcissique qui s'est toujours employée à la rabaisser. Emma sort avec Connor. Intelligent, beau comme un dieu et attentionné, Connor a tout du gendre idéal. Mais plus Emma entend répéter autour d'elle qu'ils forment le couple parfait, moins elle est certaine de l'aimer...
Et puis il y a Lissy, la colocataire et meilleure amie d'Emma, parfois troublante ou surprenante mais tout aussi charmante. Et Jemima, l'autre colocataire, aussi superficielle que déjantée. Sans oublier les collègues de travail : cette chère Artemis (et sa plante verte !), Katie, la spécialiste des fringues en crochet à la recherche du grand amour, sans oublier Jack Harper, le grand patron !

Bien qu'elle écrive une pure comédie, le mérite de Sophie Kinsella est de savoir dépeindre avec beaucoup de justesse le profil de ses personnages, leur personnalité. En quelques pages, en quelques mots, le lecteur sait exactement à qui il a à faire : Emma est immédiatement sympathique, charmante et drôle ; Artemis et Kerry sont d'emblée antipathiques et imbuvables, etc. Sophie Kinsella sait nous faire nous sentir proches de ses personnages. C'est comme si ils faisaient d'une certaine manière déjà partie de nos vies. Les 400 pages du livre sont en quelque sorte une portion de leur vie que nous traversons avec eux !

Au cœur des pérégrinations de tous ces personnages, un constat : nous avons tous des secrets plus ou moins bien gardés, plus ou moins précieux, même à l'égard de nos meilleurs amis ou de nos plus proches parents. Ces "petits secrets" font partie de nous, de ce que nous sommes. Sous-jacente mais omniprésente, surgit alors une question : peut-on avoir une relation saine, honnête et franche, qu'elle soit amicale ou amoureuse, tout en gardant pour soi ses petits secrets ? Pour ma part, je pense que tout l'enjeu est de savoir distinguer les secrets anodins, sans importance, de ceux que l'on ne peut taire sans mettre en péril ses relations. Quel intérêt pour Emma d'aller révéler à ses collègues de travail que la paire de fesses photocopiée et plantée sur le panneau d'affichage est la sienne ?! Et pourquoi faire savoir qu'elle utilise toujours son couvre-lit Barbie ? ...
Et puis, à travers les Petits secrets d'Emma, ce sont des milliers de filles  et de femmes qui peuvent se reconnaître : qu'elles mentent sur leur taille, qu'elles pleurent en cachette sur une chanson émouvante ou qu'elles fassent semblant d'aimer le jazz, toutes les femmes sont, d'une manière ou d'une autre, des Emma Corrigan ... Si, si !

Voilà, chers lecteurs et lectrices, je pense avoir rempli le contrat que je m'étais fixé au début de cet article : vous inciter à lire "Les petits secrets d'Emma", tout en gardant le secret (c'est le cas de le dire !) sur l'essentiel, qui n'est pas non plus dévoilé dans le résumé : qui est  donc "l'inconnu de l'avion" à qui Emma déballe instinctivement et mécaniquement ses moindres petits secrets ? Et quelles seront les répercussions de ces révélations sur sa vie  professionnelle, familiale et affective ? Du piquant en perspective ... !

J'espère avoir réussi à vous convaincre sans trop en dévoiler. Certains estimeront peut-être que j'aurais pu en dire plus, mais je suis sûre qu'une fois qu'ils auront lu le livre, ils comprendront. Il faut toujours garder une part de secret, c'est tellement plus croustillant ...

Envie ... d'un extrait (mais vous n'en saurez pas plus ici ! ) : 

" J'ignore ce qui se passe autour de nous. Mon univers s'est réduit à moi, à cet inconnu et à ma bouche qui crache mes secrets les plus intimes. Je sais à peine ce que je raconte. Je sais seulement que ça me fait du bien. C'est comme ça que ça se passe en thérapie ? "

" Il se souvient de tout, mais de tout ! Putain ! Quelle autre connerie j'ai encore pu sortir ? (...) dans ma tête, c'est la tempête : j'essaye de me souvenir de ce que j'ai dit. Il sait tout de moi, maintenant ! Absolument tout ! Il sait le genre de petites culottes que je porte, les parfums de glace que je préfère, comment j'ai perdu ma virginité, et ... "

" J'ai encore des palpitations en songeant à ces événements invraisemblables. Et à l'injustice de la chose. C'était un inconnu. L'avantage des inconnus, c'est qu'ils disparaissent à jamais dans les espaces infinis. "

vendredi 29 avril 2011

La fille de papier - Guillaume Musso

(XO Éditions, 2010, 376 p. et Pocket, 2011, 477 p.)




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Tom Boyd, un écrivain célèbre en panne d'inspiration, voit surgir dans sa vie l'héroïne de ses romans.
Elle est jolie, elle est désespérée, elle va mourir s'il s'arrête d'écrire. Impossible ? Et pourtant...
Ensemble, Tom et Billie vont vivre une aventure extraordinaire où la réalité et la fiction s'entremêlent et se bousculent dans un jeu séduisant et mortel...

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C'est au Salon du Livre de Paris au mois de mars dernier que je me suis procuré "La fille de papier" au stand des Éditions XO, avant de le faire dédicacer par Guillaume Musso. Amatrice convaincue des livres de Musso depuis "Et après", j'avoue avoir fait l'impasse sur "Seras-tu là ?" et "Que serais-je sans toi ?". Honte à moi, ces lacunes seront, je le promets solennellement aujourd'hui, bien vite comblées. Quant aux autres romans de Musso, les ayant lus il y a quelque temps déjà, je ne pourrais vous en parler avec suffisamment d'intensité  et de précision ; je préfère donc vous donner rendez-vous dans quelques mois, lorsque je les aurai relus ...
 

Réserve faite des deux romans sur lesquels j'ai fait l'impasse, je tiens aujourd'hui à vous confier que "La fille de papier" est pour moi le meilleur roman de Guillaume Musso. J'ai lu, bien sûr, dernièrement, comme en témoignent les pages de ce blog, des livres qui m'ont plu, parfois même réellement passionnée. Mais en toute honnêteté, et sans excès de zèle, cela faisait bien longtemps qu'un livre ne m'avait autant tenue en haleine de la première à la dernière page. Ces trois jours de lecture ont été pour moi fabuleux, exceptionnels. Ce fut un moment de lecture privilégié, de ces moments que la lectrice passionnée que je suis recherche à chaque début de livre. Ici, l'engouement s'est manifesté dès les premières lignes, pour ne plus me quitter jusqu'aux derniers mots.

Avant d'entrevoir avec vous les thèmes abordés dans "La fille de papier", thèmes qui font que ce livre est juste un petit bijou romanesque, je voudrais d'abord saluer le style et la forme adoptés par Musso dans tous ses romans, à commencer par l'apposition d'une citation en en-tête à chaque chapitre. J'aime relire la citation en fin de chapitre, et à chaque fois constater la justesse du choix des citations. Ces dernières font partie intégrante du roman et, de par la diversité de leurs auteurs (écrivains, cinéastes, d'hier ou d'aujourd'hui), lui donnent une note intemporelle.
J'aime également chez Musso les "sauts" dans le temps et dans l'espace au sein du même chapitre. En quelques pages, à l'intérieur d'un même chapitre, l'écrivain nous transporte d'une heure à l'autre, d'un lieu à l'autre, avec une virtuosité et un savoir-faire authentiques.
Dans "La fille de papier", Musso agrémente son roman de styles graphiques originaux : SMS, articles de journaux, écritures manuscrites, schémas, etc. Résultat ? Une écriture qui n'en est plus prenante et captivante, une lecture encore plus agréable.

Après la forme, le fond (j'avoue, je ne fais pas dans l'originalité !). Au-delà de l'intrigue en elle-même, profondément originale et admirablement menée par la plume de Musso, "La fille de papier" traite d'une multitude de thèmes tous plus passionnants les uns que les autres :

D'abord, le travail de l'écrivain et le fameux "syndrome de la page blanche" : Tom Boyd, le héros, écrivain à succès de la Trilogie des Anges, a perdu toute envie d'écrire (et de vivre également) depuis que la belle et célèbre musicienne Aurore Valancourt l'a laissé tomber. En proie à une sévère dépression qui le contraint à vivre de somnifères et autres anxiolytiques en tout genre, le romancier ne se sent plus la force d'écrire la moindre ligne, alors que des millions de lecteurs attendent avec impatience la parution du dernier tome de sa trilogie. "Imagination tarie", "cerveau figé", "esprit verrouillé, sec comme un caillou" : lorsqu'il procède à son introspection, Tom ne manque pas d'images évocatrices pour exprimer le désert créatif qu'il traverse. 


Ce que je trouve particulièrement intéressant dans la plume de Musso, c'est son utilisation de la romance pour évoquer des questions qui sont directement liées à son travail d'écrivain : la panne créative certes, mais aussi la part que l'écrivain met de lui-même dans ses personnages, la "vie" d'un livre, ou encore la relation auteur-lecteur et lecteur-livre, par le biais du monde imaginaire que le lecteur crée lorsqu'il lit. Il donne vit au livre, il se l'approprie. Derrière l'histoire fascinante et exaltante de cet écrivain à la dérive entraîné bien malgré lui dans une aventure extraordinaire aux côtés d'un "personnage de papier", Guillaume Musso nourrit son roman de réflexions passionnantes sur l'univers créatif et l'activité de l'écrivain. Bilan ? Un effet de mise en abîme aussi troublant que poignant.

C'est aussi l'amitié que Musso aborde dans "La fille de papier", à travers la relation privilégiée qui unit Tom, Carole et Milo. Parallèlement à l'intrigue principale qui se cristallise autour de Billie, la "fille de papier", c'est avec délicatesse que Musso évoque les expériences respectives et le passé commun de ces trois personnages aussi différents qu'infiniment attachants, brisés par la vie, mais dont l'amitié a toujours été un indispensable appui.

Je garde pour la fin le côté fantastique de ce roman, qui fait tout son charme. On ne peut que saluer la singularité de l'idée de ce personnage "tombé" d'un livre inachevé (ce "foutu livre mal imprimé"), et toute la créativité déployée pour faire évoluer Tom, écrivain désenchanté ancré dans le monde réel, et Billie, jeune femme aussi déroutante que touchante, directement "tombée" d'un monde imaginaire. Une rencontre improbable, suivie d'aventures palpitantes, des États-Unis à la France, en passant par Rome ... Émotions et humour (on sourit souvent !) sont au rendez-vous et les rebondissements se succèdent tant et si bien que le livre nous "kidnappe" pour ne plus nous lâcher avant le dénouement, aussi inattendu que surprenant.

Je pourrais encore vous parler de "La fille de papier" un bon moment. Mais au risque de trop en dévoiler, je m'arrête ici. Si vous désirez savoir pourquoi "la vie ne tient plus qu'à un livre", je ne peux que vivement vous recommander la lecture de ce roman, que vous connaissiez déjà Musso ou que vous découvriez son univers. Une formidable originalité pour un magnifique roman à mi-chemin entre fiction et réalité ...


Envie ... d'un extrait : 

"_ (...) si vous étiez un personnage de roman, vous ne pourriez pas être là.
_ Si ! (...) Parce que je suis tombée.
_ Tombée d'où ?
_ Tombée d'un livre. Tombée de votre histoire, quoi !"

" _ Vous voulez vous débarrasser de moi ? Eh bien, remettez-vous au travail. Plus vite vous aurez terminé votre roman, plus vite je retournerai dans le monde de la fiction !
Satisfaite de sa repartie, elle croisa les bras et attendit une réaction qui ne vint pas.
_ Écoutez, reprit-elle avec entrain, je vous propose un marché : on part au Mexique, je vous aide à récupérer Aurore et, en échange, vous écrivez le troisième tome de votre trilogie parce que c'est le seul moyen de me renvoyer d'où je viens."
" Le blocage de l'écrivain, le syndrome de la page blanche ... Jamais je n'avais pensé que cela pourrait un jour m'affecter. Pour moi, la panne d'inspiration était réservée aux intellos qui prenaient la pose en se regardant écrire, pas à un accro de la fiction comme moi qui inventait des histoires dans sa tête depuis qu'il avait dix ans."

mardi 26 avril 2011

A l'ombre du mal - Robert Crais

(Éditions Belfond, Coll. Belfond Noir, 2009, 325 p. et Pocket, 2011, 398 p.)


















 Envie de ... résumer : 

(Titre original : Chasing Darkness)

Sur les collines en flammes de Los Angeles, dans un bungalow abandonné, la police découvre le corps d'un homme, une balle dans la tête. Dans sa main, l'arme du crime. A ses pieds, un album photo avec les polaroïds de sept cadavres de femmes... Soulagement au LAPD : le serial killer s'est suicidé. Et sept meurtres sont élucidés. 
Mais il en faut plus pour convaincre le détective privé Elvis Cole. C'est lui qui avait permis de faire relâcher cet homme cinq ans plus tôt et il ne croira à sa culpabilité que lorsqu'il aura tiré lui-même l'affaire au clair...

Et si le véritable tueur courait encore, tapi dans l'ombre ?

Envie de ... donner mon avis : 

C'est en cherchant un bon policier en librairie que je suis tombée sur "L'ombre du mal"de Robert Crais. Avant de lire ce livre, je ne connaissais pas Robert Crais. En me documentant un peu, j'ai vite compris qu'il était un des grands noms de la littérature policière d'aujourd'hui. J'ai découvert que la plupart de ses romans mettaient en scène le duo de détectives privés Elvis Cole et Joe Pike, avec pour toile de fond, Los Angeles. D'ailleurs, la série des Elvis Cole a déjà reçu les prix littéraires Edgars, Anthony, Macavity et Shamus aux États-Unis.

J'ai beaucoup aimé l'univers de Robert Crais. 

D'abord, s'agissant de la forme, des chapitres courts : je trouve que c'est un atout pour un roman policier. Lorsque je lis un thriller, j'aime avoir affaire à des découpages brefs, qui "collent" à l'action. 
A un découpage pertinent de l'action,  s'ajoute une écriture franche et directe. Ce que je veux dire par là, c'est que l'auteur ne s'écarte pas du cœur de l'intrigue pour se perdre dans des considérations descriptives sophistiquées et inutiles. En bref, un policier comme je les aime : l'action, rien que l'action, mais toute l'action. En effet, dans la mesure où la majeure partie du roman est écrite du point de vue d'Elvis Cole, le lecteur suit l'évolution de l'enquête en même temps que Cole. Ce choix de point de vue narratif nous fait nous sentir proche d'Elvis Cole, de ses décisions et de ses émotions. Il nous permet aussi de mener l'enquête chez nous, à notre façon ! Je pense plus spécialement à la page 99 de la version poche, où Cole établit un tableau répertoriant les différentes victimes, avec la date de leur meurtre, leur profession, leur origine ethnique, etc. afin de chercher des "lignes directrices" entre elles. Le lecteur explore les différentes pistes qui s'offrent à Cole en même temps que lui. La lecture n'en est que plus passionnante !
 
Quant au fond maintenant, "L'ombre du mal" saura, à mon avis, satisfaire tous les férus de romans policiers et thrillers. De la première à la dernière page, Robert Crais sait captiver le lecteur, par une maîtrise habile du suspense et des rebondissements incessants. Suspense, rebondissements et une touche d'humour (je pense aux figurines des personnages de Disney sur le bureau de Cole, sans oublier l'horloge Pinocchio !) : les éléments essentiels que tout amateur du genre viendra chercher dans un roman policier. 
A l'image des rebondissements, les personnages sont nombreux, ce qui m'incite à vous conseiller de ne pas poser le livre trop longtemps avant d'y revenir ... Mais je ne m'inquiète pas pour ça. Impossible de poser ce livre délibérément, si ce n'est pour le reprendre quelques instants plus tard ! 
 
Ce qui m'a plu aussi tout particulièrement dans ce thriller, c'est la place importante qui est laissée à la psychologie des personnages principaux, qui n'en sont donc que plus attachants. C'est avec intérêt et avidité que l'on suit les aventures d'Elvis Cole, prestigieux détective privé dont le travail et l'honneur sont ici remis en cause. Celui qui s'auto-proclame "meilleur détective du monde" va devoir faire preuve d'entêtement et d'opiniâtreté (et il n'en manque pas !) pour faire la lumière sur une affaire dont tout le monde semble vouloir l'écarter.
Aidé de son fidèle et pragmatique acolyte Joe Pike (peu loquace celui-là !), ex-officier de police du LAPD, et de l'inspectrice haute en couleurs Carol Starkey, Cole se lance dans une recherche de la vérité dangereuse, où flics pourris, politiciens corrompus et avocats véreux se côtoient dans une affaire qui nous rappelle, une fois de plus, que les apparences sont souvent trompeuses, et que de " bon " à " méchant ", il n'y a qu'un pas ... 

Malheureusement, je vous parle ici d'un policier.  Dès lors, à part saluer le dénouement, réellement inattendu et surprenant, je ne peux vous en dire davantage, au risque de gâcher votre lecture, voire même peut-être votre propre découverte de l'univers de Robert Crais, ce qui serait dommage...

Envie ... d'un extrait : 

" Toc, toc, j'ai pensé que vous aimeriez être prévenu, ce type que vous avez blanchi a tué deux femmes de plus, ça va passer aux infos, leurs familles vont pleurer."
" Je ne voyais rien dans ce dossier qui puisse me faire douter de mes conclusions de l'époque. Je n'éprouvais aucun malaise. Pas besoin de s'appeler Sherlock Holmes pour assembler les pièces."
" _ Tu crois que Byrd a tué ces sept femmes ?
_ C'est l'impression que ça donne, mais je ne sais pas. Les faits ont l'air de leur donner raison.
_ Peut-être que c'est l'impression que ça donne, mais est-ce que toi tu y crois ? (...)
_ Non. Je devrais peut-être, mais non. Je connais Byrd. Pas comme si je l'avais côtoyé personnellement, mais je me suis défoncé pour reconstituer ce qu'a été sa vie le soir de la mort d'Yvonne Bennett. (...) Je l'ai connu mieux que personne ce soir-là, et je ne crois pas qu'il ait tué Yvonne Bennett. Peut-être qu'il connaissait son assassin, je suppose que c'est possible, mais il ne l'a pas tuée. Je n'y crois pas. Je ne peux pas y croire."

 

jeudi 21 avril 2011

Les bons plans anti-crise des Paresseuses - Anita Naïk

(Éditions Marabout, Petits Guides des Paresseuses, 2009, 236p.)

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(Titre original : The Lazy Girl’s Guide to the High Life on a Budget)

Vous voulez absolument le dernier iPhone ? Et cette adorable robe, très jolie mais hors de prix ? Oui ? mais votre banquier, lui, n'est pas du même avis ! 
Que vous soyez une déesse du glamour décidée à ne pas réduire son train de vie, une shopping addict qui ne sait pas où passe son argent l'heure est venue de mettre un peu d'ordre dans vos comptes ! 
Depuis quelques temps, vous avez la désagréable impression de ne plus avoir le même niveau de vie qu'avant : les prix se sont envolés mais vos sous, eux, n'ont pas suivi l'inflation. Assainir sa situation financière ne signifie pas passer toutes ses soirées à la maison et décréter un embargo total sur l'achat de nouvelles chaussures. Simplement vous saurez où passe votre argent où vous le gaspillez et les raisons qui vous poussent à dilapider ce bien gagné à la sueur de votre front. Grâce aux bons plans de ce guide, vous allez apprendre à mener grand train en dépensant moins, à ne pas renoncer au plaisir du shopping, à ne pas faire rimer vie sociale avec austérité, à passer de supers vacances sans vous ruiner.
Une vie de rêve en somme, sans nuits blanches dues à un énième découvert. Essayez, ça fait du bien !

Envie de ... donner mon avis :

Eh oui chers lecteurs et lectrices, j'en conviens, je change de registre aujourd'hui avec ce guide, et j'inaugure une nouvelle catégorie : celle des "inclassables". Certain(e)s objecteront peut-être que je change trop radicalement de créneau, que je délaisse la fiction pour la réalité (et quelle réalité ! ... l'argent !) : je ne peux pas leur donner complètement tort. 
Cependant, sous ses apparences de guide pratique à l'usage du quotidien, cet ouvrage nous raconte pourtant bien une histoire (avec des personnages et des chapitres !). Voyez plutôt la suite ! 

Il était une fois ... des milliers de gens comme vous et moi. En dépit de leur bonne volonté (pour la plupart...), ces honnêtes gens ne parvenaient pas à gérer leur budget (quand ils en avaient établi un !) et se demandaient fréquemment où pouvait bien passer leur argent.  Mystère ... Jusqu'au jour où, croisant le chemin de ce petit guide, ces braves gens réalisèrent qu'il était plus que temps de revoir leur attitude face à l'argent. 
Point par point, ce guide leur dispensa alors des conseils judicieux pour retrouver un équilibre financier, "retomber sur leurs pieds" en fin de mois et ne plus faire rimer situation financière avec galère ou misère :  pour commencer, établissement d'un budget et prise en mains des dettes ; puis, bons plans shopping, alimentation, décoration, loisirs, sorties, vacances, etc. De prises de conscience en conseils malins, Anita Naïk les aida à reprendre les choses en mains pour voir venir demain.

Toujours avec légèreté, tact et humour, l'auteur nous incite à revoir nos habitudes pour vivre mieux tout en économisant, pour réaliser des projets (voyage, achat immobilier, etc.) ou pour parer à un éventuel coup dur (licenciement notamment). Et qui oserait cracher sur ces "bons plans" en pleine période de crise (de l'emploi, du pouvoir d'achat, et j'en passe) ? La diversité des suggestions disséminées dans ce guide permet de viser et de toucher le plus grand nombre de profils. Certains bons plans sont même si simples et évidents que l'on en vient même à se demander "Comment n'y ai-je pas pensé avant !"

Ce guide a le mérite de traiter agréablement d'un sujet en apparence épineux et fastidieux.  On chipe des conseils, parfois même on prend des résolutions (si si !), et surtout on passe un bon moment !
Comment gérer sérieusement son argent tout en se divertissant ! Merci les Paresseuses !


samedi 16 avril 2011

Ne t'inquiète pas pour moi - Alice Kuipers

(Éditions Albin Michel et Albin Michel Jeunesse, 2008, 242 p. et Le Livre de Poche / Le Livre de Poche Jeunesse, 2011, 242 p.)



















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(Titre original :  Life on the refrigerator door)

Par le biais de Post-it sur le frigo, ce livre est constitué de la correspondance vivante, enjouée, parfois coléreuse entre une mère et sa fille adolescente de quinze ans. Des petits tracas du quotidien aux doutes et souffrances de l’adolescente, c’est un instantané de la vie. Jusqu’au jour où la mère découvre qu’elle est gravement malade…

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Certains diront sûrement qu'il est facile de susciter l'émotion en mêlant habilement deux sujets sensibles : les relations mère-fille et la maladie. Je pense qu'ils ont tort. Le sujet en lui-même n'est peut-être pas profondément original, certes ; toutefois, c'est la façon dont Alice Kuipers a choisi de le traiter qui rend ce livre original et si bouleversant. Il y a  effectivement un paradoxe troublant à traiter d'un sujet éminemment sérieux dans un style relativement léger (par Post-it interposés). Une forme simple et dépouillée au service d'un fond dramatique : la contradiction fonctionne et l'ensemble est touchant, sans tomber dans le mélo ou l'excès de sentiments. En effet, c'est aussi un quotidien ordinaire que décrivent ces Post-it (les courses à faire, le lave-vaisselle à vider). C'est bien le contraste entre la banalité de ce quotidien et la singularité du bouleversement induit par la maladie qui donne à ce livre tout son intérêt, toute sa particularité.

Facile à lire (il a d'ailleurs été édité dans des collections jeunesse), ce livre aborde des sujets de notre temps.

Il est avant tout question des relations mère-fille, et plus particulièrement à l'adolescence, où ces relations oscillent sans cesse entre complicité et incompréhension (en témoignent les sautes d'humeur de Claire vis-à-vis de sa mère). Ici en plus, les parents de Claire sont divorcés ; la relation mère-fille prend donc encore une autre couleur.

Il est donc aussi question, comme entrevu dans le résumé, de maladie. Du côté de la maman : comment gérer la maladie, comment en parler à sa fille sans l'inquiéter, comment continuer à "assurer" (au travail, à la maison) ? Du côté de la fille, comment réagir ? Vaut-il mieux privilégier l'espoir ou la prudence ? Est-ce égoïste de vouloir continuer à vivre comme les autres adolescents ?

Naturellement, avec la maladie viennent les thèmes du courage et de l'espoir. A travers ces échanges furtifs apparaît le portrait d'une jeune fille qui aide sa mère à se battre, à y croire encore, et qui lui donne envie de vivre encore. De son côté, affaiblie par la maladie, la maman de Claire se demande si elle a été une bonne mère jusqu'à présent.

Enfin, ce livre traite bien sûr de la communication entre les êtres, ou plutôt de leur manque de communication. Preuve en est, la réaction de Claire lorsque sa mère lui parle pour la première fois de sa maladie ... sur un Post-it : " c'est incroyable que tu me dises une chose pareille sur un petit mot ! "
Au fond, cette histoire semble nous dire (c'est du moins ce que j'en retire personnellement), qu'il faut absolument communiquer avec ceux que nous aimons, et leur dire que nous les aimons, tant qu'il en est encore temps. Et finalement, le support importe peu ; en effet, Claire et sa mère semblent parfois mieux parvenir à exprimer leurs sentiments par écrit, à travers les lettres qu'elle s'écrivent et les Post-it qu'elles se laissent sur le frigo, que de vive voix. Pour Claire, qui doit mûrir subitement du fait de la maladie de sa mère, l'écrit est la voie par laquelle elle fait savoir à sa mère qu'elle l'aime et qu'elle la soutient. C'est aussi le moyen qu'elle utilise pour lui parler d'elle, de sa vie au lycée et de ses premières amours. Quant à la mère de Claire, il est peut-être plus facile pour elle d'expliquer à sa fille l'évolution de sa maladie par écrit. Bien que la parole soit un moyen d'expression plus vif, plus direct, l'écriture peut être un moyen d'expression tout aussi fort : pour preuve, l'usage des majuscules, le choix de la ponctuation, les idées oubliées et glissées dans un Post-scriptum, etc.

Avant de vous laisser partir vous procurer " Ne t'inquiète pas pour moi ", j'aimerais souligner l'originalité de la couverture du livre chez Albin Michel. Elle nous rappelle que Jeannot lapin est, tout autant que Claire et sa mère, un personnage à part entière ... A noter aussi, ma préférence pour le titre original qui, selon moi, reflète bien plus la teneur du livre que le titre de la version française. Mais ce n'est que mon avis ...

Envie ... d'un extrait :

"Parfois, on dirait que c'est plus facile de poser les questions par écrit, pour te demander comment tu vas et comment ça se passe avec le médecin, tout ça."

"Je suis rentrée et tu n'étais pas là, maman. Rien d'étonnant, de toute façon tu n'es jamais là. Et puis j'ai trouvé ton mot sur le frigo. Si tu étais ici, je te le dirais en direct mais puisque tu n'es pas là il faut bien que je l'écrive ! Michael est super. Il est drôle, intelligent, mignon, et il est là quand j'ai besoin de lui : je ne peux pas en dire autant de toi. Ni de papa. "

"Tout s'est passé si vite, ma Claire. J'ai l'impression d'avoir perdu tout contrôle, et quand je me regarde je ne sais plus qui je suis. Est-ce que c'est ça, la vie ? Excuse-moi, je ne veux pas t'accabler. Tu n'as que quinze ans."

jeudi 14 avril 2011

Ce crétin de prince charmant - Agathe Hochberg

 (Éditions Mango, 2003, 219 p. et Éditions Pocket, 2005, 244 p.)



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Une chose est sûre : le chevalier servant n'existe pas ! Beau parleur, mesquin, égoïste, obsédé, irresponsable, voire désespérément immature, le mâle du XXIe siècle pencherait plutôt du côté " odieux crapaud ", avec tout ce qu'il faut de ridicule et de veulerie affichée.
Et ce n'est ni Ariane, jeune Parisienne branchée, mariée " par intérim " à un jeune loup de la finance aussi agaçant qu'absent, ni Justine, charmante célibataire juive new-yorkaise adepte des cuites au saké et névrosée de première, qui vous diront le contraire. La preuve, les innombrables et irrésistibles mails que nos deux trentenaires délaissées - et déchaînées - ont décidé de s'envoyer le temps d'un jeu de massacre transatlantique à la fois acerbe et drolatique...

Envie de ... donner mon avis :

Inutile de tourner autour du pot ou de peser mes mots, si vous voulez passer un agréable moment, je vous recommande vivement ce livre. Pourquoi ?
Hmmm, par où commencer ?

D'abord et avant tout pour son réalisme. Ne nous voilons pas la face : est-ce vraiment bon pour le moral de lire un livre où les femmes sont juste ... parfaites (jusqu'au bout des ongles) ?
Je prends le risque que ma réaction passe pour de l'égoïsme ou de l'envie, mais je dois l'admettre : lire une histoire féminine où tout n'est pas que réussite, paillettes, shopping et cocktails, ça fait du bien !! N'ayons pas peur de le dire !
En effet, chacune à leur manière, Justine, la new-yorkaise célibataire, et Ariane, la parisienne mariée à mi-temps, incarnent des femmes que je qualifierais de "normales", des femmes d'aujourd'hui, qui jonglent tant bien que mal avec les différents aspects de leur vie : le travail (plus ou moins épanouissant), la famille (plus ou moins aimante ou envahissante), les amis, et les hommes bien sûr.
Ce que j'aime tout particulièrement dans ce livre, c'est que chacun peut s'y retrouver, s'y reconnaître. Les anecdotes, les situations, les conversations, sont tout à fait vraisemblables, ce sont des morceaux de vie qui peuvent facilement nous rappeler la nôtre (qui n'a jamais rêvé d'une "chambre des tortures" où envoyer tous les idiots qui vous ont rabaissé(e)s ?).

Au-delà des deux personnages principaux, j'accorde une mention spéciale à la fidèle amie d'Ariane, Ambre, célibataire à la dérive, émouvante et attachante. On aimerait la rencontrer et pouvoir l'aider...  
Mention spéciale également aux échanges de mails entre Justine et Ariane. Criants de réalisme et de petits détails croustillants ("j'ai le hoquet", "je mange des céréales", "je tape d'un seul doigt", etc.), c'est presque comme si vous étiez chez vous devant votre ordinateur en train de lire le dernier mail d'une copine ! C'est précisément là la sensation que j'ai ressentie en lisant les mails de ces deux amies : une journée épouvantable au boulot, un rendez-vous raté (ou manqué), une soirée plus ou moins réussie,le dernier épisode de Sex and The City (et les mésaventures de Carrie auxquelles vous vous identifiez !) ... ça vous rappelle forcément quelque chose, non ?  

Au cœur de ce roman donc, l'amitié et les échanges qu'elle peut susciter. Alors qu'elle ne se sont rencontrées qu'une seule fois à un mariage, Ariane et Justine se confient tout, se dévoilent, se conseillent mutuellement, se réconfortent. Une amitié particulière car virtuelle certes, mais une belle amitié quand même.

Je salue enfin la perspicacité et l'humour de l'auteur : "Ce crétin de prince charmant" est avant tout une comédie très réussie, même si cette dernière, il faut le préciser, n'a rien de superficiel. Car c'est bien connu : de l'humour à la dérision, et de la dérision à la prise de conscience de "ce qui ne va pas", il n'y a qu'un pas ...
C'est là, au fond, ce qui fait la qualité de ce roman : de l'humour certes, mais aussi une bonne dose de réflexion sur la vie, les choix que l'on fait (ou que l'on ne fait pas), les occasions manquées, etc.

C'est aussi l'occasion de réfléchir aux relations (une fois de plus, certes ... mais moi je ne m'en lasse pas ! les hommes feront toujours couler de l'encre, ce qui, il faut bien le dire, est toujours mieux que de faire couler des larmes !).
Alors, qui est la plus à la plaindre ? La femme mariée que son mari oublie, ou la célibataire qui enchaîne les rendez-vous ratés et les amants cinglés ? Bien sûr, il y a là un goût prononcé de déjà vu ... Mais l'angle sous lequel la question est traitée fait que l'auteur ne s'est pas contentée de recycler des idées déjà largement utilisées, loin de là. Quant au mariage, autant vous prévenir : il n'est pas épargné ! Mais attention, ce n'est pas parce que vous avez une haute idée du mariage que vous n'aimerez pas ce livre : j'en suis la preuve ! 

En bref, on passe un très bon moment. Un excellent divertissement !

Envie ... d'un extrait :

" Il y a quelques années, une amie m'a offert un coussin sur lequel est écrit "Pour trouver le Prince Charmant, il faut embrasser beaucoup de grenouilles". J'ai embrassé des tas de grenouilles en me disant que peut-être, avec beaucoup d'amour, l'une d'elles pourrait se métamorphoser. Mais laisse-moi te dire une chose : la merde ne change pas, elle sent juste un peu plus fort à chaque fois. Et je suis tellement frustrée par cette connerie de coussin que maintenant, en faisant mon lit, je le retourne pour ne plus le voir."

" P-S : tu dis que le Prince Charmant m'attend ? Il ferait mieux de me chercher au lieu de m'attendre comme un con ! S'il n'est pas plus motivé que ça, c'est mal barré."

" De toutes les façons, j'ai l'impression qu'il faut aller au bout des mauvaises expériences avant de se résoudre à agir.
Et je crois que toutes nos galères sont là pour une bonne raison, ne serait-ce que pour nous faire réaliser qu'il y a certaines choses qu'on ne veut plus jamais vivre."


mardi 12 avril 2011

Les coeurs fêlés - Gayle Forman

(Oh ! Éditions, 2010, 261 p. et Pocket, 2011, 222 p.)

Chers lecteurs,

Je ne me suis pas manifestée depuis un certain temps sur le blog, et je vous prie de m'en excuser. J'aurai pu passer en vitesse, rédiger un article sans saveur parce que je n'y aurai pas vraiment mis toutes mes émotions, mais ce n'est pas là la voie que je me suis proposé de suivre avec vous. J'ai donc attendu d'avoir du temps, et c'est avec un immense coup de cœur littéraire que je reprends aujourd'hui l'écriture de ces pages.

Envie de ... résumer :

(Titre original : Sisters in sanity)

N'avez-vous jamais fait ce rêve étrange et glaçant : celui où vous savez pertinemment que vous n'êtes pas folle mais où personne autour de vous ne semble du même avis ?
Pour Brit Hemphill, seize ans, ce cauchemar devient réalité le jour où son père la conduit de force à la Red Rock Academy, un centre perdu dans l'Utah qui prétend "mater" les enfants rebelles. Brit doit y suivre une thérapie pour guérir des maux qui n'existent que dans la tête de son père.
Aidée de ses amies, qui partagent le même sort qu'elle, Brit va se battre pour exister, rester libre et garder espoir dans ce centre où droits civiques et dignité semblent avoir été laissés de côté.

Envie de ... donner mon avis :

Ce roman est pour moi une réelle bonne surprise. Réelle surprise parce que je me le suis procuré par hasard, sans en avoir entendu parler auparavant, sans qu'on me l'ait recommandé, et sans qu'il figure dans ma liste à lire (liste dont je ne connais pas moi-même le contenu exact, je préfère lire au gré de mes envies) ; et bonne surprise parce que j'ai tout simplement a-do-ré !

En toile de fond, l'histoire d'une tragédie familiale : pour Brit, la vie n'est plus la même depuis que sa mère est partie après avoir sombré dans la folie. La jeune fille vit désormais avec son père, qu'elle ne reconnaît plus, sa belle-mère, qu'elle surnomme "le Monstre", et son demi-frère, Billy. Seule le groupe de musique dont elle fait partie, et le beau Jed qu'elle aime en secret, l'aident à s'évader de ce quotidien pesant et de cette vie qui lui échappe.
Désormais enfermée à Red Rock, Brit s'interroge sur les raisons de sa présence dans ce camp de redressement : la décision est-elle seulement le fait de sa belle-mère qu'elle soupçonne de vouloir la tenir à l'écart ? Y aurait-il un lien entre l'histoire de sa mère et sa présence à Red Rock ?

Commence alors pour Brit une profonde réflexion sur le destin et la fatalité : torturée par la peur de "finir" comme sa mère et révoltée à l'idée que l'on puisse arguer de la folie de sa mère pour justifier son placement dans un centre pour adolescentes déviantes, Brit va se battre pour rester elle-même, tout en s'adaptant et en se familiarisant avec les "codes" de l'institution pour s'y faire une place. Car Red Rock, "centre thérapeutique résidentiel" (!), c'est tout un programme : un fonctionnement basé sur un système de niveaux, des rétrogradations intempestives, des pseudo-catégories (les droguées, les déviantes sexuelles, les "automutilatrices", les fugueuses, etc.), une surveillance rapprochée, des correspondances contrôlées, des méthodes pseudo-thérapeutiques qui laissent à désirer (notamment la fameuse "thérapie confrontationnelle" ...), une équipe "éducative" aux qualifications douteuses, et j'en passe ...

Mais ce combat pour continuer d'exister, elle ne va pas le mener seule. Car ce roman est aussi celui d'une extraordinaire et profonde histoire d'amitié. Je parlerais même d'un hymne à l'amitié.
Entre Virginia, alias "V", qui connaît toutes les astuces pour contourner le règlement de Red Rock, Martha, "l'ex-mince qui a eu le culot de grossir", Cassie, qui aime un peu trop les filles, Babe, qui aime un peu trop les garçons, et Brit, un lien extrêmement fort va se nouer : incomprises et embarquées dans la même galère, elles vont créer " l'Ultra-sélect, l'Ultra-branché Club Fermé des Fêlées ". De réunions nocturnes secrètes en petits mots subtilement échangés, elles vont tout partager : leurs interrogations sur les raisons de leur présence à Red Rock, leur révolte et leur dégoût face aux méthodes utilisées, leur histoire, leurs joies, leurs peines ... Ensemble, les "Sœurs contre tous" vont affronter les déceptions, les humiliations, la souffrance physique et morale, les rétrogradations, etc.
Au cœur de cet enfer qu'elles ne comprennent pas et qu'elles aimeraient pouvoir dénoncer, ces amies se raccrochent les unes aux autres pour ne pas oublier qui elles sont vraiment. C'est là ce qui m'a énormément touché dans ce roman : au-delà de leurs différences, ces jeunes filles vont se serrer les coudes et faire preuve d'une incroyable solidarité à toute épreuve. C'est une magnifique leçon de vie, la théorie des dominos à l'envers : au lieu de se faire tomber les unes les autres, ces sœurs de cœur vont se redresser, s'aider à se relever et lutter pour exister ... encore. Malgré tout.

Bien que l'auteur précise, dans une note en fin de livre, que des camps de redressement semblables à la Red Rock Academy existent, "sans être toutefois aussi durs", il est impossible de ne pas être un minimum sensible au calvaire que vivent ces jeunes filles. Même si certaines caractéristiques de ces institutions où l'on traite les jeunes "à la dure" ont pu être grossies (je l'espère sincèrement et c'est ce que semble nous dire l'auteur à la fin), ce roman n'en reste pas moins brillamment écrit. Brillamment, mais aussi simplement.
Ce groupe d'amies est tout aussi émouvant, vrai et attachant que l'équipe éducative est écœurante et déplaisante (des personnages sadiques, des "monstres déguisés en gens ordinaires").
Deux valeurs fortes, l'Amitié et l'Injustice, pour un roman qui ne peut laisser indifférent. On le referme physiquement, mais il reste ouvert, au moins pour quelque temps.

Bref, n'attendez-plus, procurez vous "Les cœurs fêlés" et venez m'en parler !

Envie ... d'un extrait :

" C'en était donc fini des Sœurs contre Tous, du moins vis-à-vis de l'extérieur. Nous allions devoir faire profil bas et garder notre amitié plus secrète que jamais. C'était lamentable. Quel était cet endroit où, au nom de la thérapie, on décidait de vous priver d'amitié et du moindre moment agréable, et où l'on préférait vous voir solitaire, triste et misérable ? "

" Qu'avions-nous donc fait, les unes et les autres, pour mériter d'être ici ? Cassie aimait trop les filles. Babe aimait trop les garçons. Et moi ? Était-ce parce que je ressemblais trop à ma mère ? Parce que je faisais peur à mon père ? "

" C'est la seule solution, Brit, avancer pas à pas. Et quand on s'obstine à mettre un pied devant l'autre, on finit toujours par arriver quelque part."